DISCOURS DU TRONE (28 JANVIER
devait-on pas craindre que la maison de Bourbon ne bouvit, comme Napoléon, un obstacle insurmontable devant lequel sa fortune serait compromise? C'était la première fois que l'armée française allait combattre depuis qu'on lui avait rendu le drapeau blanc. Était-ce bien sur une question pareille qu'on devait l'engager? Si, surmontant tous les obstacles, écartant tous les dangers, l'expédition réussissait, quelles seraient les conséquences de la victoire? quel parti chercheraient à en tirer ceux qui l'avaient voulue avec tant de passion? On connaissait la folie de leurs prétentions, et on devait tout craindre de leurs rancunes.
Dans le discours royal, les ministres de Louis XVIII annonçaient aux Chambres qu'après avoir tout tenté pour garantir la sécurité de ses peuples et préserver l'Espagne des derniers malheurs, les représentations qu'il avait faites à Madrid avaient été repoussées et qu'il ne restait aucun espoir de conser\ er la paix ; que Sa Majesté avait ordonné le rappel de son ministre à Madrid. « Cent mille Français, « ajouta-t-il, commandés par un prince de ma famille, par a celui que mon cœur se plaît à nommer mon fils, sont prêts « à marcher, en invoquant le Dieu de ^aint Louis, pour « conserverie trône d'Espagne à un petit-fils de Henri IV, « préserver ce beau royaume de sa ruine et le réconcilier « avec l'Europe. Si la guerre est inévitable, je mettrai tous <c mes soins à en resserrer le cercle, à en borner la durée. « Elle ne sera entreprise que pour conquérir la paix, a que l'état de l'Espagne rendrait impossible. Que Ferdi- « nand soit libre de donner à ses peuples des institutions « qu'ils ne peuvent tenir que de lui et qui, en assurant « leur repos, dissiperaient les justes inquiétudes de la a France, dès ce moment les hostilités cesseront; j'en « prends devant vous. Messieurs, le solennel engagement* Cl J'ai dû mettre sous vos yeux l'état de nos affaires du « dehors; c'était à moi de délibérer, je l'ai fait avec matu- « rite; j'ai consulté la dignité de ma couronne, l'honneur
a et la sûreté de la France. Nous sommes Français, Mesa sieurs, nous serons toujours d'accord pour défendre de a tels intérêts. »
Le lendemain 29, parut la liste des officiers généraux destinés à commander Tarmée d'Espagne sous les ordres immédiats du duc d'Angouléme, Dès le 10 du mois de février, c'est-à-dire aussitôt après la vérification des pouvoirs, un crédit éventuel de 100 millions fut demandé. Je revins d'Italie à la fin de janvier. J'avais eu rhonneur d'être reçu par M. le duc d'Angoulème; il me parla de la guerre d'Espagne et du commandement général qu'il y exercerait. Je me hasardai à lui demander quel serait le maréchal qui aurait sa confiance, qui commanderait sous ses ordres. « Je me garderai bien, me dit-il sans hésiter, d d'en mettre aucun dans cette situation. Un maréchal a voudrait faire à sa tête. On ne manquerait pas de lui a donner tout le mérite de l'expédition, de lui attribuer la « gloire du succès. Je ne veux auprès de moi qu'un chel « d'état-major qui soit sous mes ordres et qui, sans que « personne en puisse douter, ne fasse que les exécuter. » Cette confiance me surprit un peu; j'avais eu bien des occasions de reconnaître chez le prince un grand fonds de modestie et de prudence. Il me semblait aussi que deux maréchaux étaient en quelque sorte désignés par les services si glorieux qu'ils avaient rendus pendant la guerre sous Napoléon. C'étaient les maréchaux Soult et Suchet, le second surtout, dont les succès en Catalogne ne s'étaient jamais démentis et qui, de plus, s'était fait remarquer par la sagesse de son administration.
M. de La Garde, à son retour d'Espagne, dans les premiers jours de février, fut nommé pair de France. Mes relations fort intimes avec lui (il me devait sa nomination de ministre) me permirent de l'interroger sur la situation dans laquelle il avait laissé ce pays, sur ce qu'il était permis de conjecturer des résultats de la guerre dans laquelle nous