DISCUSSION SUR LE CREDIT EXTRAORDINAIRE
à tranquilliser FEurope. L'aveu, si même il eût été fondé, aurait été bien malhabile; mais ce qu'on ne saurait comprendre, c'est que rien non seulement ne le commandait, mais ne le motivait; il serait impossible de trouver dans les actes de la diplomatie de l'époque, dans les paroles dites entre les cabinets et dont la mémoire a été conservée, une seule indication de cette prétendue nécessité et des menaces qui l'auraient amenée. On comprend le parti que les orateurs, les journalistes et les écrivains tirèrent de ces paroles. En cette occasion, comme dans beaucoup d'autres, il a cédé au besoin d'écarter la difficulté du moment sans se préoccuper des conséquences et des embarras qu'il devait retrouver plus tard.
L'adresse fut adoptée par deux cent deux suffrages contre quatre-vingt-treize. La question n'était pas épuisée; elle devait se reproduire avec plus d'éclat parce qu'alors la discussion serait publique, au sujet du crédit extraordinaire de i 00 millions, dont M. de Villèle apporta la demande dès le 10 février. Un rapport favorable avait été fait par M. de Martignac; la discussion s'ouvrit le 24 février par un discours de M. Royer-CoUard. Après lui, tous les hommes de talent des différentes nuances d'opinion prirent part à la discussion. M. de La Bourdonnaye n'épargnait plus son ancien ami M. de Chateaubriand. Le général Foy parla avec son talent habituel, mais se laissa beaucoup trop aller à prédire d'inévitables désastres. Il eût dû se souvenir de la vanité de ses prédictions sur les revers qui devaient accabler l'armée autrichienne entrant dans les Abruzzes. Il se montra plus habile lorsque, voulant fomenter la division qui éclatait entre M. de La Bourdonnaye et M. de Villèle, il représenta le ministère français comme cédant à des influences qui ne lui laissaient pas le plein exercice de ses facultés et de ses lumières. « Non, messieurs, s'écria- « t-il, le ministère n'a pas voulu la guerre; au moment où « je parle, il ne la veut qu'à demi; j'en atteste les formes
« dubitatives du discours de la couronne, j'en atteste la « promotion récente à la pairie de l'ambassadeur de France « en Espagne, lequel s'est constamment prononcé pour « la conservation de la paix; j'en atteste par-dessus tout « les angoisses ministérielles , dont nous avons été les « témoins pendant les séances du comité secret. Non certes « M. le président du conseil des ministres n'est pas par* « tisan de la guerre, il partage notre opinion sur l'énormité « de l'entreprise. »
M. Bignon attaqua plus particulièrement le ministre des affaires étrangères; il lut avec des commentaires ironiques et blessants la dernière lettre à M. de La Garde et termina son discours par un vote qui le résumait : « Je vote contre « une guerre injuste, que nulle agression n'autorise, que « nul danger prochain ni même éloigné ne justifie, que ne « réclament ni l'honneur de la couronne, ni la sûreté de la « France. Je vote contre une guerre qui n'est pas même « une guerre de dynastie, bien qu'elle livre à des chances « funestes les trônes de France et d'Espagne. Je vote « contre une guerre qui est un opprobre pour la France, « par cela seul qu'elle lui est commandée par une influence « étrangère. Je vote contre une guerre qui est un danger « imminent pour notre indépendance, pour l'intégralité « même de notre monarchie, puisqu'elle peut ramener les « troupes étrangères sur le territoire français. Je vote enfin « contre une guerre qui sera un prétexte politique pour a allumer les mômes passions auxquelles, sous un prétexte « religieux, la guerre de la Ligue dut sa naissance, contre « une guerre qui peut renouveler tous les maux dont la « France eut alors à gémir et qui n'épargnèrent pas la « maison de Valois. »
M. de Chateaubriand avait apporté un discours très développé, travaillé avec d'autant plus de soin qu'il devait signaler sa première apparition à la tribune de la Chambre des députés et dont il attendait un fort grand effet. Ce dis-