‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier PasquierChapitre 22 sur 275 · M. DE FONTENAY A NAPLES · texte numérisé non relu

M. DE FONTENAY A NAPLES

trop facilement persuadé d'une chose qu'il désirait, ne manqua pas d'écrire dans ce sens au ministère napolitain, et de là le message du 1*' décembre. Ce message eut pour première conséquence de mettre le chargé d'affaires de France à Naples dans le plus grand embarras. Il ne savait rien de semblable, ne pouvait croire que son gouvernement lui eût laissé ignorer un pareil engagement, s'il existait réellement, et cependant ne pouvait désavouer le langage tenu par le roi de Naples sans l'exposer peut-être à de grands périls. Il fut donc obligé d'éviter un démenti formel et se borna à répondre qu'il ne pourrait s'expliquer positivement que lorsqu'il aurait vu le résultat du message. M. de Fontenay se conduisit en cette occasion comme en toutes celles qui se présentèrent tant qu'il fut chargé des affaires à Naples, c'est-à-dire avec prudence et habileté. L'embarras qu'il avait éprouvé, le cabinet français l'éprouva à son tour, mais sous un tout autre rapport.

Le cabinet de Londres, quoique parfaitement instruit de la vérité par son ambassadeur à Paris, qui la savait tout entière et en était convenu avec moi, affecta de ne pouvoir admettre que le gouvernement napolitain se fût ainsi avancé s'il n'avait eu quelque assurance positive. Quai qu'on pût lui dire, il soutint donc pendant longtemps qu'il y avait dans cette affaire une manœuvre secrète, un manque de franchise du gouvernement français; comme d'habitude, ce fut une nouvelle occasion pour M. de Metternich de s'établir aux dépens de la France dans l'esprit du czar.

qu'une telle question ne pourrait se traiter que sur une invitation formelle qui n'existait pas, à en juger par ses propres paroles, puisqu'il était forcé de convenir qu'il parlait de son chef. Puis, cela posé, M. de Rayneval avait ajouté que dans tous les cas il serait impossible que la France acceptât, même sous couleur de médiation, la moindre part active dans les affaires d'un pays régi par une constitution aussi peu rassurante que l'était celle des Gortès. Cette observation, dont il aurait mieux fait de s'abstenir, avait bien pu contribuer à faire croire au prince que 1& en effet était toute la difficulté.

sa MÉMaiRES DU CHANCELIER PASQUIER.

On se serait facilement consolé de ce surcroit d'embarras, si au moins la démarche du roi de Naples avait été pour lui de quelque utilité, mais d'une part les esprits n'y avaient pas été suffisamment préparés, et de l'autre le parti carbonaro était encore trop puissant dans le parlement pour qu'on pût se flatter de remporter sur lui un aussi grand avantage. Il eût fallu que le roi s'adressât directement à l'armée et sût conquérir la confiance de ses officiers que l'influence des politiques commençait à lasser. Zurlo et ses amis étaient de ces constitutionnels honnêtes gens qui ont la simplicité de croire qu'on ne peut ni ne doit se servir des moyens qui ont amené la révolution, que du moment où on se trouve en face d'une Assemblée légalement constituée on doit se soumettre et obéir; dans cette occasioti, ils furent cruellement déjoués, Tenlreprise la plus raisonnable qui ait été alors tentée pour le salut du royaume échoua complètement. La discussion que le message du l*' décembre suscita dans le parlement fut très violente; à une grande majorité, on refusa toute espèce de modification à la constitution des Cortès. On rappela au roi le serment qu'il avait fait de conserver la constitution d'Espagne, et on lui annonçait la résolution bien arrêtée de braver tous les périls pour la conserver intacte.

C'est alors que le roi avait reçu les lettres dans lesquelles les souverains réunis à Troppau l'engageaient à les rejoindre. Ces lettres le comblèrent de joie, elles lui offraient une précieuse occasion de sortir de ses États et d'échapper ainsi au danger dont il se croyait plus que jamais menacé. Il n'hésita pas un instant, assembla ses ministres, décida avec eux de se rendre à l'invitation qui lui était faite ; le 7 décembre, un message annonça au parlement sa résolution : « Je pars avec la confiance que la divine Providence « me fournira l'occasion de donner une dernière preuve de « mon amour pour mes sujets, en leur épargnant le fléau « de la guerre. Je déclare, à vous, membres du parlement.

Page 1