‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier PasquierChapitre 23 sur 275 · FERDINAND !•' QUITTE NAPLES · texte numérisé non relu

FERDINAND !•' QUITTE NAPLES

« et à la aatioa, que je ferai tout ce qui dépendra de moi 0 pour faire jouir mon peuple d'une constitution sage et « libérale. Quelques mesures que les circonstances puissent « nécessiter relativement à notre état politique actuel, je « ferai tous mes efforts pour que cet état soit fondé sur les « bases suivantes : 1* que par une loi fondamentale de « TÊtat, la liberté réelle et individuelle de nos bien-aimés a sujets soit assurée; 2' que dans la composition des corps « de l'État, on n'ait aucun égard aux privilèges de nais- « sance; 3* qu'aucun impôt ne puisse être établi sans le a consentement delà nation légalement représentée; 4' que « le compte des dépenses publiques soit rendu à la nation « elle-même et à ses représentants ; S"" que les lois soient « faites d'accord avec la représentation nationale; 6" que le « pouvoir judiciaire soit indépendant; 7' que la liberté de la « presse soit conservée, sauf les lois qui en réprimeront les « abus ; 8" que les ministres soient responsables ; 9* que la « liste civile soit fixée. Je déclare en outre que je ne con- « sentirai jamais à ce qu'aucun de mes sujets soit molesté « pour aucun fait politique. »

Le message contenait de plus la demande qu'une députation de quatre membres du parlement fût nommée pour suivre et accompagner le roi, et une invitation au parlement de s'abstenir en son absence, et jusqu'à l'issue des négociations, de toute innovation dans l'état actuel des choses, de borner son travail à l'organisation de l'armée. Cette conduite était logique et raisonnable; loin de l'adopter, les plus emportés dans le parlement la combattirent, et ce fut pour eux l'occasion de renouveler des engagements insensés qui devaient fournir à leurs ennemis à l'extérieur les meilleurs prétextes pour recourir aux mesures extrêmes.

La délibération qui suivit la lecture du message fut tumultueuse; on s'indigna contre l'expression o Je pars » qui s'y trouvait renfermée et qui annonçait clairement que non seu-

lemenl le roi croyait n'avoir pas besoin du consentement du parlement pour s'éloigner, mais qu'il ne le consultait même pas sur le parti qu'il avait à prendre et se bornait à lui signifier celui auquel il s'était arrêté. Les ministres (1) furent accusés d'avoir violé l'article 172 de la constitution, d'après lequel le roi ne pouvait voyager hors du royaume sans le consentement du parlement. Un décret fut rendu d'après lequel, après avoir dit que la nation restait fidèle au pacte social établi par la constitution desCortès, le parlement ne pouvait consentir au départ de Sa Majesté qu'autant que le but de son voyage serait de soutenir cette même constitution, jurée en commun et qui ne pouvait être modifiée que sur les propositions de la représentation nationale. Imposer une telle obligation au roi, c'était de la part des Napolitains vouloir la guerre et s'en faire, comme dernière ressource, un bouclier contre la colère des puissances qui allaient les attaquer. On doit sans doute dans cette conduite faire une grande part à l'inconséquence, mais on ne peut nier qu'il y ait eu aussi chez quelques-uns une vraie générosité. Quant aux meneurs les plus influents, il est probable qu'ils craignaient que si le roi était retenu, la violence, en devenant trop manifeste^ ne ramenât, d'une manière assez dangereuse pour le parti, un vieux sentiment d'amour et de respect que le peuple portait encore à la majesté royale. Déjà on commençait à apprendre que les provinces avaient en général beaucoup goûté le message du l*' décembre. Quant au roi, il n'hésita pas une minute et se hâta de répondre par un rescrit, contenant l'assurance qu'il n'avait jamais eu l'idée de violer la constitution ; qu'en s'adressant à son parlement, il avait entendu se conformer à l'arti-

(1) Ce ministère était l'objet d'une animadversion particulière, motivée sur une circulaire qu'en sa qualité de ministre de l'intérieur, M. Zurlo avait écrite dans les derniers jours du mois précédent aux intendants des provinces et qui semblait destinée à les préparer à des changements prochains. C'étaient ceux proposés par la circulaire du 1" décembre.

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