ARRESTATION DE M. DE LOSTENDE
de paix nommé Morlot. La boîte , suivant le plan conçu, ne devait être visitée qu'à Bordeaux par un sieur Tessières de Boisbertrand, commissaire général de police; c'était l'un des agents les plus emportés du parti royaliste, il avait été mis dans la confidence. La boîte une fois découverte, il devait faire grand bruit, afin que le soupçon dont l'aide de camp dlait être atteint remontât jusqu'à son général. On pensait qu'il serait impossible au prince de lui conserver sa confiance. L'adresse de Boisbertrand fut en défaut (il a été cependant, quelques mois après, récompensé par une place de conseiller d'État). Par suite d'un malentendu, la boîte, qui était censée déposée par Vieux dit La Marina, un des hommes arrêtés, fut rapportée avec lui à la préfecture de police. Il fallait bien l'ouvrir, et le procès-verbal constatant les objets qu'elle renfermait fut communiqué au ministre de la guerre par le préfet de police. Dans la nuit même, l'ordre d'arrêter M. de Lostende et de le faire partir pour Paris fut envoyé à Bayonne. Disons tout de suite que M. de Lostende, qui avait été soumis à une instruction judiciaire très rigoureuse, sortit de toutes ces épreuves parfaitement justifié et fut renvoyé à son poste. Son arrestation avait eu lieu à Bayonne le 25 mars ; lorsque le duc d'Angoulême arriva le 30, il trouva tout son état-major en émoi. Profondément indigné de ce que, sans s'être adressé à lui pour prendre le moindre renseignement, le ministre se fût permis un acte aussi violent dont l'éclat ne pouvait manquer de rejaillir sur l'état-major tout entier et confirmer les soupçons que la plus insigne malveillance travaillait journellement à soulever contre lui, le prince partagea tous les sentiments de son entourage et déclara qu'il se considérait comme personnellement offensé; que toutes ces manœuvres seraient impuissantes auprès de lui» et que pas un officier de son état-major ne serait changé, de son consentement. Cette résolution, qui lui fit beaucoup d'honneur, acheva de lui concilier les officiers de tous
grades dont il était entouré et contribua à provoquer les marques de dévouement qui lui ont été prodiguées. Déjà il avait été durant toute sa tournée assailli de plaintes sur la manière dont le ministère de la guerre conduisait le service des approvisionnements; partout on lui avait dit que rien n'était prêt, que tout allait manquer; on le lui répéta à son entrée à Bayonne, et lorsque le nouveau grief de l'arrestation de M. de Lostende vint augmenter encore son mécontentement, le duc de Bellune fut irrévocablement perdu dans son esprit. On comprend donc Tcffet que produisit son arrivée imprévue à Rayonne. Le duc d'Angouléme refusa formellement de le recevoir comme major général et se déclara prêta quitter l'armée, si on prétendait le maintenir dans ce poste. Il ne restait plus au maréchal qu'à s'assurer par lui-même de l'état du matériel, des approvisionnements, afin que l'armée eût le nécessaire pour entrer immédiatement en campagne. Mais le pau\Te maréchal avait été tellement déconcerté, abasourdi, par la réception du prince, qu'il fut littéralement hors d'état de rien voir, de rien faire. Il sembla même accepter comme fondés les reproches adressés à son administration et se borna à dire son intention de faire mettre en jugement le général Andréossy, spécialement chargé des subsistances. Le fait était que des vivres en quantité suffisante se trouvaient réunis au dépôt; que, soit manque de moyens de transport, soit mauvais état des routes, on n'avait pas pu les faire arriver jusqu'à l'extrême frontière et surtout jusqu'à Bayonne, où se trouvait le plus grand rassemblement de troupes. L'inertie du ministre donna beau jeu à Ouvrard pour entrer en pourparlers avec l'état-major du prince et avec plusieurs officiers généraux, entre lesquels le général BordesouUe paraît avoir été le plus agissant. Un marché fut signé le 5 avril, par les ordres du prince, entre lui et M. Sicard, intendant général de l'armée. J'ai tort de dire entre lui, car telle était la bizarre situation de