‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier PasquierChapitre 222 sur 275 · ENTRÉE DE L'ARMÉE EN ESPAGNE · texte numérisé non relu

ENTRÉE DE L'ARMÉE EN ESPAGNE

M. Ouvrard, toujours poursuivi pour des sommes énormes par les coassociés avec lesquels il avait fait antérieurement des entreprises, qu'il ne pouvait rien conclure en son nom et que, cette fois encore, il fut obligé d'emprunter celui de son neveu, Victor Ouvrard.

Une des circonstances les plus étranges dans cet enchevêtrement de négociations et d'intrigues fut l'approbation que le ministre de la guerre ne sut pas refuser à ce marché. Ce fut ainsi le résultat le plus clair de son voyage. Il regagna Paris, où il reprit possession de son ministère, M. de Villèle n'osant plus le lui contester. M. Digeon reçut comme dédommagement le titre de ministre d'Ëtat. Ainsi fut renversée toute la combinaison du président du conseil, qui s'était aliéné le duc d'Angouléme et s'était fait du maréchal un irréconciliable ennemi. Enfin il avait, sans le vouloir, fait donner la plus grande authenticité à un marché désastreux pour le trésor. Je n'entrerai pas dans les détails qui feraient ressortir les clauses exorbitantes du contrat signé; il me suffira de dire que toutes les denrées existant dans les magasins des deux divisions militaires étaient mises à la disposition du munitionnaire général. Tous les embarras se dissipèrent comme par enchantement. Deux jours après la signature du marché, le duc d'Angouléme passa la Bidassoa à la tête de son armée. Cela seul prouve suffisamment que les ressources nécessaires étaient bien rassemblées et qu'une administration plus habile eût eu peu de peine à les trouver.

La satisfaction que ressentit le prince de franchir la frontière, au jour qu'il avait indiqué, fut d'autant plus grande que ce premier pas dissipa les appréhensions qui subsistaient dans beaucoup d'esprits. L'armée résisteraitelle aux séductions qui l'attendaient aussitôt le mouvement commencé? Un certain nombre de réfugiés français, dont plusieurs échappés à des condamnations judiciaires, avaient été formés^ à Bilbao, en légion française, sous les ordres

d'un ancien chef de bataillon compromis dans l'un des complots des années précédentes. Là se trouvaient Nanti!, Lamothe, Moreau, dont les noms avaient retenti dans les procès politiques. Le 6 avril, une bonne partie de cette légion vint se ranger sur la rive gauche de la Bidassoa, agitant un drapeau tricolore et invitant à les rejoindre les soldats d'un régiment d'infanterie légère et d'une batterie d'artillerie de campagne. Le général Valin, qui les commandait, fit répondre à leur cri de : « Vive l'artillerie de campagne! » par un coup de canon à mitraille. Ce coup les dispersa; ainsi furent renversées pour jamais les espérances affirmées avec tant de présomption. Comme événement militaire, ce succès n'était rien; comme événement politique, c'était quelque chose, et le général Valin en fui magnifiquement récompensé. Il était maréchal de camp et fut fait lieutenant général.

Au cours de mes longs récits sur le règne de Napoléon, je n'ai pas voulu le suivre dans les mémorables campagnes qui tiennent une si grande place dans l'histoire de celte époque; à plus forte raison m'abstiendrai-je d'accompagner le duc d'Angoulême dans une expédition dont le succès a été sans doute d'une très liante importance, mais où les faits militaires de quelque valeur tiennent une petite place. Je me bornerai donc à signaler les faits principaux.

Comme on devait s'y attendre, le roi d'Espagne, malgré sa résislance, avait été, dès le 20 mars, emmené de Madrid par les Corlès et conduit h Séville. Les premiers jours avaient été employés à voter une série de mesures révolutionnaires contre tous ceux qu'on pouvait soupçonner d'être sympathiques à l'invasion. Puis vinrent les résolutions dans lesquelles, pour la première fois, on trouve trace des conseils donnés par l'Angleterre pour empêcher la guerre :

y La constitution serait déclarée être octroyée par le roi, dont elle procéderait comme de sa source légitime;

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