MARCHE DE L'ARMÉE FRANÇAISE
2r Le conseil d'État serait nommé par le roi et participerait à la puissance législative ;
3"* Il serait déclaré que le temps de faire des réformes à la constitution était arrivé;
4* Les députés aux Cortès devraient avoir une propriété de la valeur indiquée par la constitution comme condition de leur éligibilité.
On se souvient que toutes ces propositions avaient été écartées, qu'elles n'avaient même pas pu être discutées.
D'après les comptes officiels, évidemment très exagérés, l'armée espagnole, au moment où l'armée française passa la Bidassoa, devait se composer de 120,000 hommes; 50,000 étaient répartis dans les garnisons, le reste était divisé en quatre camps placés sous les ordres des généraux les plus renommés. Ballesteros commandait l'armée dite d'expédition, L' Abisball'armée du centre, Mina l'armée de Catalogne, Morillo l'armée de Galice et des Asturies. Sans parler de l'accord parfait qui aurait dû exister et qui était loin de régner entre les différents chefs, il était évident qu'avec une telle division de leurs forces les Espagnols ne seraient nulle part en état de tenir tète à l'armée française, renforcée par 25 ou 30,000 hommes de troupes royalistes espagnoles, restes de l'Armée de la foi sous l'autorité d'une junte formée à Rayonne sous le titre de gouvernement provisoire d'Espagne et des Indes. Cette junte fut bientôt officiellement reconnue par le duc d'Angouléme.
L'armée d'invasion marcha avec la plus grande célérité; le corps d'armée sous les ordres de Moncey entra en Catrlogne, où Mina opposait seul une résistance de quelque valeur. L'armée du centre, sous les ordres immédiats du duc d'Angouléme, composée des corps du maréchal Oudinot, du général Bordesoulle et du prince de Hohenlohe, s'avançait par la Biscaye, s'emparant de Vitoria et successivement de tous les postes, jusqu'à l'Ëbre, laissant derrière les places fortes de Pampelune et de Saint-Sébastien, qui
avaient résisté aux premières attaques. On dut se contenter de les bloquer. Le corps sous les ordres du maréchal Molitor poursuivait dans la Navarre et TAragon le corps de Ballesteros qui ne l'attendait pas même à Sarragosse; il y entra donc sans coup férir. Ajoutons que, presque partout, les habitants, bien traités et exactement payés des vivres qu'ils apportaient, s'étaient déclarés pour l'armée française. Les troupes espagnoles auxiliaires faisaient, par leurs excès et leurs pillages, contraste avec la discipUne et les sentiments pleins de générosité des troupes françaises. L'armée ayant atteint la ligne de FÈbre, il fallait décider l'allure qu'allait prendre la campagne. Beaucoup inclinaient — je crois être sûr que tel était l'avis du duc de Bellune et de M. de Villèle — pour qu'on s'établît solidement sur cette ligne et qu'on attendit que les derrières de l'armée française fussent entièrement couverts, que Saint-Sébastien et Pampelune fussent occupés et que le maréchal Moncey se fût rendu maître de toute la partie de la Catalogne qui se trouvait sur la rive gauche du fleuve. On devait croire qu'alors les chefs du gouvernement révolutionnaire sentiraient la nécessité de se soumettre et de rétablir le roi dans sa pleine et entière liberté. On atteindrait ainsi sans aucun risque le but qu'on devait se proposer, on épargnerait le sang et les ressources des deux peuples.
Les divisions qui existaient déjà entre plusieurs des hommes les plus influents dans les Cortès rendaient probable la reprise des négociations; mais ce parti ne pouvait convenir aux hommes qui voulaient avant tout effacer en Espagne toute trace des idées révolutionnaires et se venger de ceux qui les avaient un instant fait triompher. On ne pouvait mécontenter tous les chefs du parti absolutiste qui conduisaient l'armée auxiliaire ; leurs opinions, d'ailleurs, étaient encouragées par beaucoup de jeunes gens appartenant à la cour et à la noblesse, qui peuplaient les étatsmajors de l'armée française. Mgr le duc d'Angouléme