ORGANISATION DE LA RÉGENCE
Qst traitée de trahison. Le véritable mérite du duc d'Angoulême dans toute cette campagne, outre les résolutions nettes, bien conçues, qu'il prit au passage de la Bidassoa et au passage de TÈbre, fut d'avoir énergiquement protégé le parti vaincu; autant qu'il a pu, il a épargné aux populations les misères de la guerre et a imposé la modération. Il n'a jamais prêté l'oreille aux insinuations mdveillantes qui ne cessaient de l'assaillir contre une partie des officiers qui marchaient sous ses ordres. Il leur a rendu la justice que méritaient leur zèle et leurs services. Il voulait, en les réunissant sous le même drapeau, en leur témoignant une égale confiance, achever la réconciliation des gloires de l'armée de la Révolution et de l'Empire avec les noms de l'ancienne France, même avec ceux do l'émigration et de la Vendée, et il y est parvenu autant qu'il était possible de le faire à cette époque.
Le prince fit' son entrée dans la capitale à la tête de l'armée; son premier acte fut la réorganisation d'une régence qui, en l'absence du roi, considéré comme priSonnier, devait prendre officiellement les rênes du gouvernement du royaume, avec laquelle tout se traiterait, par qui tout se réglerait. Ayant convoqué les membres des conseils suprêmes de Castille et des Indes se trouvant à Madrid, il leur conféra le droit de désigner les hommes qui composeraient cette régence. Les cinq membres choisis et agréés par le duc d'Angoulême furent le duc de l'Infantado, président du conseil de Castille, le duc de Montemar, président du conseil des Indes, l'évéque d'Osma, le baron d'Éroles, don Antonio Gomez Calderon. Ces deux derniers étaient déjà membres de la junte provisoire de Bayonne. Cette grande concession du duc d'Angoulême, cet acte d'une éminente générosité, par lequel il manifestait si clairement la volonté de laisser aux Espagnols la direction de leurs propres affaires, de n'y intervenir que le moins possible et seulement pour ce qui intéressait le
succès de son expédition, fut cependant une grande faute. U ne s'aperçut pas qu'il ne s'était réservé aucun moyen de la diriger, qu'elle tomberait nécessairement sous Tinfluence d'hommes passionnés qui, dans de pareilles circonstances, ne manquent jamais de prendre le dessus, qu'elle allait d'ailleurs se trouver excitée par les actes auxquels les Gortès se livreraient certainement en apprenant l'occupation de la capitale. Dès le début, les deux pouvoirs entreraient en lutte; ils prendraient les mesures les plus radicales l'un contre l'autre et deviendraient irréconciliables. A partir de ce moment, en effet, le prince n'a plus été maître en Espagne que de son armée^ son désir de pardon, de clémence a été repoussé quand, plus tard, il voulut l'imposer; on verra le cas qui fut fait du pouvoir qu'il prétendait exercer. La création d'une régence lui avait-elle été imposée de France et d'une manière absolue? Je ne le crois pas; toujours est-il que M. de Martignac, placé dans le conseil de régence pour l'éclairer de son expérience, de ses sages avis, y fut impuissant; la tâche était au-dessus de tous les mérites. Pour lutter au milieu de tels emportements, il lui eût fallu un caractère dont l'énergie eût été la qucdité dominante; tel n'était pas l'homme distingué, aimable, conciliant, qui représentait la France.
Les opérations militaires, loin d'être ralenties par l'entrée dans Madrid, furent au contraire poursuivies avec plus d'activité que jamais, et dès le 26 mai, les colonnes françaises furent mises à la poursuite des troupes espagnoles qui leur avaient abandonné, le 23, la capitale. La marche sur l'Andalousie était d'autant plus pressante qu'on devait s'attendre aux efforts que feraient les Gortès pour emmener encore une fois le roi et le conduire à Cadix. On se flattait d'arriver à temps devant cette ville pour surprendre les Gortès et délivrer le roi. Dès le 13 juin, Gordoue fut occupé.