FERDINAND VII A CADIX
Dans toute cette partie de l'expédition» les troupes françaises n'éprouvèrent d'autre contrariété que celle de ne pouvoir joindre l'ennemi, dont la seule tactique était d'éviter tout engagement. On lui faisait bien de temps en temps quelques prisonniers, on lui enlevait des bagages et des chevaux, mais il échappait toujours. Malgré la rapidité de la marche, on no put atteindre Séville à temps. Le 9 juin, les Cortès avaient déclaré que le roi devait transférer son gouvernement à Cadix. Après vingt-quatre heures de pourparlers, le roi refusa de quitter Séville. Une députation des Certes vint lui signifler que son départ était indispensable, que le gouvernement et les Cortès le suivraient, que l'île de Léon serait le lieu de refuge et que le départ aurait lieu le lendemain, 12, à midi. Sur son refus persistant, les Cortès déclarèrent que Sa Majesté était dans le cas de l'empêchement moral prévu par l'article 187 de la constitution, et qu'une régence devait être nommée. Il n'y eut, dans toute l'assemblée, que cinq ou six opposants à cette mesure. La régence nommée s'installa au palais de l'Archevêché, et les Cortès se déclarèrent en permanence jusqu'au moment fixé pour le départ du roi. Le soir, on arrêta aux environs du palais un colonel anglais et quelques officiers de la milice de Séville, qui avaient, disait-on, formé le projet d'enlever le roi, de soulever en sa faveur un ou deux régiments et nïême toute la population de Séville.
Quand tout espoir de secours fut perdu, Ferdinand se décida à céder. Il monta enfin en voiture à six heures du soir, et prit avec toute sa famille, sous l'escorte qui lui fut imposée, la route de Cadix. Les Cortès, les mini^stres, la régence se précipitèrent à sa suite au milieu d'une confusion dont il serait difficile de donner idée. Ce défilé dura jusqu'au 13. Les dernières troupes qui fermèrent la marche du convoi avaient à peine quitté Séville que commença la contre-révolution ; la foule brisa la pierre de la constitution, saccagea le café où se réunissait le club des patriotes, ainsi
que la salle des Cortës. Dans ce désordre» les magasins à poudre qui étaient dans l'ancien palais de l'inquisition firent explosion ; plus de deux cents personnes furent tuées ou grièvement blessées. Quand les troupes françaises arrivèrent, elles trouvèrent les habitants aux prises avec un corps de troupes constitutionnelles pillant les magasins.
Le roi était arrivé à Cadix le 15, à six heures du soir. De tous les ministres étrangers accrédités auprès de lui, un seul, le ministre de Saxe, à cause de ses devoirs particuliers envers la reine, avait consenti à le suivre. Sir W. A'Court avait déclaré à la régence, lorsqu'elle fut installée à Séville, que n'étant accrédité qu'auprès du roi, il ne pouvait continuer ses fonctions et allait se retirer à Gibraltar, où il attendrait de nouvelles instructions. Dans Madrid, la régence royaliste déclara coupables de haute trahison tous les députés aux Cortès qui avaient pris part à la délibération du ii juin et violenté la volonté du roi. Les arrestations se multiplièrent, les prisons furent bientôt remplies, les familles de quelques grands, absents, furent considérées conmie des otages pour la sûreté du roi. Toutes les nouvelles qui arrivaient à la régence étaient bien faites pour rencourager; la contre-révolution triomphait en Portugal; le général Morillo, qui commandait en Galice, abandonnait la cause des Corlès; le maréchal Molitor poussait activement le général Ballesteros, jusqu'aux frontières de l'Andalousie. Enfin, les quatre grandes puissçinces continentales qui avaient traité à Vérone venaient de reconnaître la régence comme le seul gouvernement régulier qui existât en Espagne. Elles envoyèrent auprès d'elle les ministres et les ambassadeurs qui devaient les représenter auprès du roi. aussitôt qu'il aurait recouvré sa liberté. Le ministre de France arriva le premier et fut présenté à la régence dès le 5 juillet. Le choix pour ce poste important était imprévu. Il eût été simple de renvoyerM. de La Garde, dontles bons services avaient été publiquement reconnus et loués par le