‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier PasquierChapitre 227 sur 275 · M. DE TALARU MINISTRE A MADRID · texte numérisé non relu

M. DE TALARU MINISTRE A MADRID

ministère. Il connaissait en Espagne les hommes et les choses, jouissait dans ce pays d'une grande considération. Ces raisons n'étaient pas de nature à arrêter M. de Chateaubriand; il voulait avant tout un homme qui lui fût dévoué et dont la personne fût agréable aux royalistes. Il proposa au roi M. de Talaru, pair de France; absolument étranger à la carrière diplomatique, il n'avait jamais eu occasion de montrer sa capacité; il n'avait qu'un seul titre, mais celui-là était fort puissant sur l'esprit de M. de Chateaubriand : il avait fourni les premiers fonds pour l'établissement du Conservateur, îournai qui blybH si grandement servi sa fortune.

A son arrivée à Madrid, M. de Talaru remplaça M. de Martignac auprès de la régence; son rôle était bien effacé, à côté d'un gouvernement qui refusait tout pouvoir, toute influence au généralissime qui avait relevé le parti royaliste, le seul qui pût achever sa délivrance. Partout où les garnisons françaises n'étaient pas assez en force pour imposer la modération, les réactions les plus violentes éclataient. A Saragosse, dans l'espace de trois jours, il y eut quinze à seize cents arrestations, parmi les personnes les plus riches et les plus considérables; des escouades de gens de la lie du peuple, en tète desquelles étaient des moines et des prêtres, les conduisaient dans les prisons de l'inquisition ; leur brutalité allait jusqu'à insulter des femmes, qui portaient des aliments à leurs maris; quelques-unes même furent massacrées. Par sa bonne attitude, la petite garnison française, qui n'était que de 1,500 hommes, arrêta le pillage des maisons des constitutionnels, qu'on appelait des a Negros ». Toutefois, les caisses publiques furent pillées, ainsi qu'un certain nombre de maisons particulières. A Madrid, la présence de la régence, des ambassadeurs étrangers, du prince généralissime et de l'élite de l'armée française, suffisait à peine à contenir la fureur des « manolas », et un incendie éclata dans l'église où le duc

d'Angouléme assistait à Toffice. C'était à Cadix maintenant qu'il fallait aller chercher l'ennemi. Le duc d'Angoidéme prit toutes les dispositions nécessaires. Le maréchal Oudinot fut laissé à la tète du corps qui devait occuper les provinces du centre et dont le quartier général restait dans la capitale. Le prince de Hohenlohe dut porter son quartier général sm' la rive droite de l'Èbre, à Burgos, et le général de Lauriston le remplaça dans le commandement des provinces de Navarre et d'Aragon, ayant son quartier général à Tolosa. A lui par conséquent demeurait le soin de pousser le siège de Pampelune.

A peine sorti de Madrid, le duc d'Angouléme reçut la nouvelle de l'avantage que le général Molitor avait remporté sur le général Ballesteros à Campillo de Arenas; ce succès lui a valu le bâton de maréchal. Ballesteros signa le 4 août, avec le général français, une convention par laquelle il reconnaissait l'autorité de la régence de Madrid et ordonnait aux généraux et aux gouverneurs des places situées dans l'étendue de son commandement de la reconnaître. La guerre était donc terminée de ce côté; ce fut en vain que le gouvernement de Cadix envoya le général Riego avec mission de se mettre à la tête des débris de l'armée de Ballesteros. Le malheureux n'y trouva qu'une captivité qui, plus tard, le conduisit à l'échafaud.

Le 16 août, le duc d'Angouléme arriva devant Cadix, où son armée fut renforcée par une partie du corps commandé par le général Molitor. Pendant les longues étapes qui séparaient Madrid de Cadix, le prince généralissime avait été obsédé par le souvenir des scènes de violence dont il avait été témoin, des haines terribles qui déchiraient les partis, des excès enfin dont il pouvait porter la responsabilité. Arrivé à Andujar, à moitié route entre Madrid ei Cadix, son parti était pris de ressaisir au moins une partie de l'autorité qu'il avait trop facilement abandonnée. Son honneur exigeait qu'il ne fût pas plus longtemps accusé de

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