PRISE DU TROCADÉRO
« votre sagesse. Je ne crains pas de m'en porter garant. « J'ai cru devoir rappeler à Votre Majesté et par elle à tous « ceux qui peuvent encore prévenir les maux qui les a menacent, les dispositions du Roi, mon oncle et seigneur. « Si, d'ici à cinq jours, il ne m'est parvenu aucune réponse « satisfaisante et si Voire Majesté est encore à cette « époque privée de sa liberté, j'aurai recours à la force a pour la lui rendre. Ceux qui écouteraient leurs passions, « de préférence à l'intérêt de leur pays, répondront seuls « du sang qui sera versé. Je suis... »
Cette lettre était évidemment dictée par le même esprit que l'ordonnance d'Andujar. Malheureusement les Cortès et les membres du gouvernement qui entouraient Ferdinand ne surent pas profiter de cette ouverture pour le faire entrer dans la voie qu'indiquait le duc d'Angouléme, pour en obtenir des engagements qu'il lui eût été ensuite fort difficile de désavouer. La réponse qu'ils lui dictèrent, outre qu'elle était manifestement contraire à ses sentiments, ne pouvait être prise au sérieux; elle affirmait avec une persistance qui n'était plus de saison la résolution de ne faire aucune modification dans la constitution. Tout espoir de négociation était perdu; les opérations militaires commencèrent. L'une des dispositions dont il importait le plus de s'emparer était celle du Trocadéro, espèce d'ile faite de main d'homme et dans laquelle les Espagnols avaient établi des fortifications défendant l'entrée du port intérieur. Les vaisseaux français ne pouvaient serrer le blocus et aider l'attaque qu'en se plaçant entre Cadix et l'ile de Léon. Les approches commencèrent le 24 août; le 31 l'assaut fut livré sous les ordres immédiats du prince, à deux heures du matin, en pleine nuit, par conséquent. Toutes les défenses furent successivement emportées avec une grande rapidité, et l'établissement des troupes françaises était complet sur tous les points avant neuf heures. Commandants, officiers, soldats, tous firent leur devoir avec le
courage et l'élan qui caractérisent les Français. L'opération, bien conçue, fut aussi très bien conduite. Mais ce succès fut célébré avec exagération, ce qui fit sourire les hommes qui avaient participé à tant de faits d'armes pendant vingt années. On parla beaucoup de la part prise à cette action par le prince de Carignan ; il était venu servir comme volontaire dans l'armée du duc d'Angoulème, et était monté à l'cissaut avec les grenadiers, qui, pour honorer son courage, le décorèrent de leur épaulette.
La prise du Trocadéro commença à ébranler la confiance qu'avait jusque-là témoignée le parti enfermé dans Cadix. On fit écrire au roi une lettre que le général AJava apporta au duc d'Angouléme. Elle contenait la proposition d'une suspension d'armes, pour traiter de la paix. Le prince répondit qu'il ne pouvait traiter qu'avec Sa Majesté seule et libre. Les événements heureux se succédèrent rapidement dans la Péninsule. Riego, qui était parvenu à réunir quelques débris de l'armée de Ballesteros, tombait le 27 septembre au pouvoir des troupes qui le poursuivaient. Le 17, la place de Pampelune ouvrit ses portes au maréchal de Lauriston, après une bien noble défense. Saint- Sebastien se rendit quelques jours plus tard; enfin les derniers corps constitutionnels qui tenaient la campagne en Catalogne furent complètement dispersés par la division du baron de Damas.
Les choses allaient plus lentement devant Cadix; il élail urgent que la flotte française chargée du blocus par mer pût remplir sa mission. On craignait que le gouvernement des Cortès ne prît la résolution désespérée de jeter Ferdinand et sa famille dans un bâtiment qui les transporterait avec eux en Amérique, sur quelque point fort éloigné dans les possessions espagnoles; ce projet a été certainement conçu. Des renforts furent amenés de Brest à la flotte française, qui passa en même temps sous le commandement du contre-amiral Duperré, homme de grande résolution.