‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier PasquierChapitre 230 sur 275 · REDDITION DE CADIX · texte numérisé non relu

REDDITION DE CADIX

Peu de jours après son arrivée, le fort Santi-Petri, situé sur un rocher d'où il protégeait la communication entre Cadix et Tile de Léon, fut attaqué et emporté. L'occupation de ce poste donna à la flottille la possibilité de commencer le bombardement. L'effet fut terrible; il jeta la confusion dans la ville de Cadix; les troupes de ligne, la marine et le peuple donnèrent des marques d'un découragement absolu. L'un des régiments les plus dévoués à la cause constitutionnelle s'insurgea. Il fut contenu par les miliciens qui avaient suivi les Cortès et qui restèrent jusqu'à la fin fidèles et dévoués au parti qu'ils avaient embrassé.

Cependant, tout se disposait dans les lignes françaises pour tenter un assaut général. Ces préparatifs décidèrent la commission spéciale des Cortès, le ministère et une junte instituée pour surveiller la défense, à demander au commandant de l'ile de Léon et au gouverneur amiral Valdès un rapport sur les moyens dont ils pouvaient disposer. Leurs rapports furent très décourageants. Les Cortès, dans une séance, décidèrent à une majorité de 63 voix contre 30 que l'autorité absolue serait rendue au roi, qu'une députation lui serait envoyée pour supplier Sa Majesté de se rendre au quartier général français et obtenir les conditions les plus favorables pour la fin du siège. Le roi, dans la joie qu'il ressentit d'être enfin délivré, promit sans nulle difficulté de préserver les personnes compromises, de toute vengeance, de toute persécution. Le 28 septembre, les Cortès se déclarèrent dissoutes, et le roi chargea un gentilhomme de la chambre d'aller annoncer au duc d'Angouléme qu'il était dans l'intention de se faire débarquer le lendemain au port Sainte-Marie, qu'il avait promis de ne rechercher personne pour opinion politique, et qu'il ne reprendrait la direction du gouvernement que lorsqu'il serait rendu à Madrid. Tout resta encore en suspens pendant la journée du 29 et celle du 30. Les miliciens

enfermés dans Cadix s'étaient révoltés à l'idée d'une reddition sans condition et qui les laisserait à la merci des Fran» çais, et de la régence surtout. Ils s'opposèrent donc au départ du roi jusqu'à ce que des stipulations en règle leur donnassent les garanties qu'ils exigeaient. Le général Alava vint de nouveau au camp français porteur d'une lettre de Ferdinand, appuyant les réclamations des troupes assiégées. On a prétendu que les conditions exigées étaient de laisser l'île de Léon, Cadix et toutes les places encore occupées par les troupes constitutionnelles, en leur possession, jusqu'à la publication d'une amnistie et d'une charte, qui les mettrait à l'abri des vengeances et des persécutions. La réponse fut qu'il n'y avait plus d'alternative entre l'assaut et une reddition sans réserve; on ajouta que, s'il était fait le moindre outrage au roi et à la famille royale, toute la garnison serait passée au fil de l'épée. Sur cette réponse, quelques coups de canon furent encore tirés de part et d'autre; enfin, dans la journée du 30, Ferdinand, qui redoutait les catastrophes que ce retard pouvait entraîner, se décida à signer et à faire publier une procla* mation par laquelle il promettait l'oubli général, complet et absolu, de tout ce qui s'était passé, la reconnaissance des dettes contractées par le gouvernement constitutionnel, le maintien des grades, des emplois, des traitements et honneurs militaires ou civils accordés sous le régime constitutionnel, déclarant d'ailleurs de sa volonté libre el spontanée, sur la foi de sa parole royale, que, s'il fallait absolument modifier « les institutions politiques actuelles « de la monarchie, il adopterait un gouvernement qui pût « faire le bonheur de la nation, en garantissant les pera sonnes, les propriétés et la liberté civile des Espagnols s. Le i" octobre, le roi monta avec toute sa famille sur une chaloupe portant le pavillon royal d'Espagne et dont l'amiral Valdès tenait le gouvernail. A onze heures du matin, il était débarqué à Port-Sainte-Mafie, où il fut reçu par le

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