FERDINAND !•' QUITTE NAPLES
cle 172 de cette constitution, qu'il n'avait pas voulu davantage suspendre pendant son absence les actes législatifs du gouvernement, mais uniquement ceux qui concernaient les modifications qu'on pourrait vouloir apporter à la constitution. Cette explication ne parut pas suffisante, et le parlement y répondit, le 9, par une adresse dans laquelle, en redisant que la constitution d'Espagne n'était désormais susceptible d'aucune autre réforme que celles que le parlement jugerait convenable de proposer, il ne s'expliquait pas encore sur le consentement à donner au départ du roi. Alors celui-ci répliqua par un nouveau rescrit, dans lequel, après des explications assez confuses, le roi déclarait qu'en allant à Laybach il n'avait d'autre but que de soutenir la constitution espagnole et de détourner de ses États les calamités qu'entraîne toujours la guerre. Il accepta la démission de ses ministres, qu'il remplaça par des hommes ayant davantage la faveur de la majorité.
Le parlement rendit alors, le 12 décembre, un décret qui accordait au roi la faculté de se rendre à Laybach et qui déférait en son absence l'autorité royale au duc de Calabre, non plus avec le titre de vicaire général, mais avec celui de régent du royaume, aux termes de l'article 4 de la constitution. Le lendemain, une députation se rendit au palais pour présenter au roi ses respects et ses adieux.
Jusqu'au dernier moment le roi avait craint d'être retenu, il aima mieux s'embarquer que de suivre la route de terre. Il avait à choisir pour le transporter entre un vaisseau français et un vaisseau anglais, les deux escadres stationnant dans la rade lui offraient à cet égard la même facilité. Il semblait beaucoup plus naturel qu'il donnât la préférence au vaisseau appartenant au souverain qui était le chef de sa maison, mais l'influence autrichienne imposa une autre décision. Il s'embarqua de sa personne sur un vaisseau anglais, et demanda pour toute sa suite un bâtiment français. On obtempéra sans observation à son désir.
Sa suite était peu nombreuse, composée uniquement du service de sa maison. Il monta à bord du vaisseau anglais le 13, à trois heures du soir, accompagné de la duchesse de Floridia, avec laquelle il était depuis assez longtemps secrètement marié. Sa famille et son fils, le prince régent» l'avaient accompagné jusqu'au rivage. Il était impossible d'imaginer une situation plus critique et plus dangereuse que celle de toute cette famille, surtout du malheureux prince sur lequel allait peser le poids du gouvernement. Il avait obtenu que son père lui remit avant son départ un acte secret par lequel celui-ci s'engageait sinon à reconnaître tout ce qu'il pourrait être obligé de faire, du moins à ne jamais lui adresser aucun reproche, à ne jamais lui imputer à cet égard aucun tort. La suite des événements n'a que trop prouvé à quel point il avait été sage de se faire donner cette garantie. Le roi partait heureux d'échapper aux terreurs qui l'obsédaient. A peine sorti du golfe, il fut assailli en pleine mer par un gros temps qui força le bâtiment anglais à jeter l'ancre devant Baïa. Cette circonstance est digne de remarque pour deux raisons. D'abord elle fit honneur à l'habileté des marins qui montaient le bâtiment français portant l'escorte ; la tempête ne put les empêcher de tenir la mer, et ils croisèrent persévéramment devant le golfe de Baïa pendant que les Anglais restaient à l'abri. Ensuite cette station forcée mit le roi dans le cas de recevoir de nouveau les adieux de sa famille, et en même temps d'admettre devant lui une nouvelle députation du parlement, qui vint sur le bord anglais lui présenter encore une fois ses vœux et ses respects ; sur ce bateau étranger, libre de toute contrainte, il accueillit avec une extrême bonté les députés et témoigna les mêmes intentions qu'il avait exprimées à Naples dans les deux jours qui avaient précédé son départ.
Le roi laissait la ville de Naples dans la plus grande agitation ; le spectacle de cette flotte étrangère emmenant