‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier PasquierChapitre 231 sur 275 · FERDINAND VII LIBRE · texte numérisé non relu

FERDINAND VII LIBRE

duc d'Angouléme, entouré de tous les personnages impor* tants, parmi lesquels le duc de l'Infantado président de la régence, le ministre d'État Victor Saëz, qui devait bientôt joindre à cette qualité celles de ministre des affaires étrangères et de confesseur du roi; puis l'ambassadeur de France, M. de Talaru, et le colonel Boutourline, aide de camp de l'empereur de Russie. On remarqua que l'amiral Yaldës, qui avait prodigué à Sa Majesté pendant la tra* versée les marques de respect et dont elle avait paru recevoir les soins avec satisfaction et bienveillance, eut la prudence de ne pas céder aux invitations qui lui furent faites de mettre pied à terre et se hâta, aussitôt que le roi et les siens eurent quitté la chaloupe, de retourner à Cadix. Il était de ceux qui, malgré les promesses du roi, ne croyaient pas qu'il y eût désormais pour eux la moindre sûreté à rester en Espagne, et étaient décidés à s'expatrier. Hàtonsnous de dire qu'ils trouvèrent, dans les autorités françaises qui prirent possession de la ville, protection pour réaliser leur décision.

Les témoignages de reconnaissance donnés par Ferdinand au duc d'Angoulème, lorsque celui-ci le reçut h la descente de la chaloupe, n'eurent rien de fort expansif ; je le tiens de témoins dont l'autorité ne saurait être révoquée en doute. Était-ce affectation de dignité? Était-ce froideur naturelle? Quoi qu'on en puisse penser, il eût été difficile de ne pas tirer de ce fait la conséquence que le prince aurait peu d'influence sur les résolutions et sur la conduite du souverain que ses succès venaient de remettre en possession du pouvoir le plus absolu. On peut croire même qu'il ne fut pas consulté sur le décret que le roi jugea à propos de rendre quelques heures après son débarquement. La pièce, contresignée Victor Saëz, avait été préparée à l'avance; après un préambule fort long dans lequel se trouvait la critique la plus amère de la révolution de 1820, des procédés qu'avaient eu à subir tous les loyaux Espagnols^

venaient les dispositions suivantes : a 1* Sont nuls et de « nulle valeur tous les actes du gouvernement appelé con- « stitutionnel^ de quelque classe et de quelque espèce qu'ils cr soient, système qui a dominé mon peuple depuis le 7 mars « 1820 jusqu'à ce jour i" octobre 1823, déclarant, comme « je le déclare, que pendant toute cette époque j'ai été privé « de ma liberté, obligé de sanctionner les lois et d'expé- « dier les ordres, décrets et règlements que méditait et « expédiait ce même gouvernement; 2* J'approuve tout ce « qui a été décrété et ordonné par la junte provisoire du « gouvernement et par la régence, créées l'une le 9 avril et « l'autre le 26 mai de cette année. Cela néanmoins entendu « seulement jusqu'à ce que, suffisamment instruit des « besoins de mon peuple, je puisse donner les lois et « prendre les moyens les plus propres à assurer sa véri- « table prospérité et son bonheur, objet constant de mes « désirs. »

Ainsi toutes les rigueurs ordonnées par la régence étaient maintenues, toutes les promesses contenues dans la proclamation de la veille étaient mises à néant; ainsi, pas un mot d'amnistie générale, ni même de pardon individuel. Le roi ne craint pas de faire le naïf aveu de cette faiblesse qui, pendant trois années, l'a fait consentir à tout ce qu*une faction lui a commandé ! Voilà l'acte par lequel a été terminée la révolution d'Espagne! On comprend l'impression qu'il dut produire sur le duc d'Angouléme. A-t-il exprimé son blâme? l'a-t-il fait avec l'énergie désirable? Je n'ose l'affirmer; la timidité naturelle de son caractère, le respect un peu superstitieux dont il était pénétré pour la puissance royale, l'obéissance qu'il croyait devoir aux instructions du cabinet de France, instructions dont le sens se peut facilement préjuger par l'accueil qui avait été fait à son ordonnance d'Andujar, expliquent suffisamment la réserve qui lui a été reprochée. Il subissait les conséquences de la faute qu'il avait commise en se dessaisissant beaucoup trop tôt,

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