‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier PasquierChapitre 234 sur 275 · ORDRE DU JOUR DU DUC D'ANGOULÊME · texte numérisé non relu

ORDRE DU JOUR DU DUC D'ANGOULÊME

dire la vérité au roi s'efforcèrent de lui faire comprendre que l'amnistie était commandée par toutes les convenances, que c'était le seul moyen de pacifier l'Espagne ; on lui disait à quel point cette mesure était désirée par les puissances qui avaient le plus activement contribué au triomphe du parti royaliste. Ainsi l'ambassadeur de France, M. de Talaru, et l'interprète le plus naturel des sentiments du duc d'Angouléme, le général Guilleminot, major général de son armée, réunirent leurs instances à celles du comte Pozzo di Borgo, ambassadeur de Russie en France, et envoyé extraordinairement par l'empereur Alexandre pour féliciter le roi d'Espagne sur sa délivrance. Us n'épargnèrent aucune démarche ; mais elles ne furent pas seulement inutiles ; elles produisirent un effet entièrement contraire à celui qu'on espérait obtenir. Il paraît certain qu'elles décidèrent l'adoption d'un projet dont le ministre Saëz donna lecture au conseil du roi et qui, sous prétexte de régulariser la marche des poursuites et de les rendre moins arbitraires, augmentait la liste des proscriptions. Ce projet fut écarté par la résistance des autres ministres ; il fallut s'estimer heureux que les choses restassent dans le même état.

Arrivé à Oyarzun, sur l'extrême frontière d'Espagne, le duc d'Angoulême publia, le 22 novembre. Tordre du jour suivant : « La campagne étant heureusement terminée par « la délivrance du roi d'Espagne et par la prise ou la sou- « mission des places de ce royaume, je témoigne à l'armée « des Pyrénées, en la quittant, ma vive satisfaction pour le « zèle, l'ardeur et le dévouement qu'elle a montrés dans « toutes les occasions, ainsi que pour la parfaite discipline a qu'elle a constamment observée. Je me trouve heureux « d'avoir été placé par le Roi à la tète d'une armée qui a « fait la gloire de la France. » Je n'ajouterai qu'un mot à ce juste hommage rendu par le duc d'Angoulême à l'armée qu'il venait de commander, et je l'emprunterai aune bouche qui ne saurait être suspecte de flatterie. Un ministre

anglais, M. Canning, si peu favorable à Tenireprise considérée dans son principe, n'a pu s'empêcher de dire sur la manière dont elle avait été conduite « que jamais armée n'avait fait si peu de mal et n'en avait autant empêché v.

Quel résultat avions-nous obtenu et quel bénéfice l'Espagne allait-elle retirer de notre intervention si heureuse et si désintéressée?

Le ministère où le confesseur Saëz occupait la première place avait été assez promptement modifié par l'influence des ministres étrangers, surtout par celle de l'ambassadeur français; mais ce qu'il faut reconnaître, c'est que personne en Espagne ne pouvait marcher franchement d'uo pied sûr dans les voies d'un gouvernement éclairé, juste et ferme. Aucune influence ne pouvait être assez forte pour amener ce miracle. Ce pays n'avait été aiTaché aux mains des révolutionnaires que pour tomber dans celles des absolutistes les plus violents, les plus incapables de comprendre les conditions sans lesquelles leur pays ne pouvait, je ne dirai pas prospérer, mais seulement vivre honorablement.

Ses ressources financières étaient anéanties, toutes les caisses étaient vides, aucun moyen de les remplir par la voie des impôts; on allait avoir à supporter, outre les dépenses ordinaires, celles qu'avaient entraînées la guerre civile et la guerre étrangère. Malgré la générosité dont la France donnait les preuves les plus éclatantes, elle avait fait des avances considérables dont elle devait demander le remboursement. Il fallait recourir au crédit. H fut impossible de faire comprendre au gouvernement nouveau que le respect des engagements contractés était le seul moyen d'obtenir le concours des capitalistes. Le décret signé à Port-Sainte-Marie avait annulé tous les actes du gouvernement constitutionnel ; il n'en fallait pas davantage pour que Ferdinand eût refusé de consentir, je ne dirai pas à reconnaître les emprunts contractés par les Cortès, mais seulement à entrer en arrangements avec les créanciers.

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