BESULTATS DE LA GUERRE D'ESPAGNE
Ces emprunts, souscrits sur toutes les places de l'Europe, avaient servi à acquitter non seulement les dépenses de rÊtat, mais môme les dépenses personnelles de Ferdinand. Le principe de la contre-révolution ne permettant pas de reconnaître les actes du gouvernement constitutionnel, il devenait commode de s'affranchir des engagements les plus sacrés.
Ici apparaît l'imprévoyance du ministre qui était à la fois président du conseil et ministre des finances en France. Un exemple bien récent aurait dû l'éclairer, il ne pouvait ignorer comment M. de Metternich en avait agi lorsque les troupes autrichiennes eurent triomphé de toutes les résistances. Il ne comprit pas que le roi, qui venait de se montrer si parfaitement incapable dans des circonstances où il suffisait d'un peu de fermeté, serait insuffisant au milieu d'événements qui demandaient un véritable esprit politique. Il eût fallu arrêter un plan de conduite qui lui serait imposé à sa sortie de Cadix; cela était d'autant plus facile qu'on en eût fait la condition des secours dont il ne pouvait se passer pendant plusieurs années. L'Espagne était l'alliée de la France, il fallait la laisser grande et forte ; mais pour suivre cette politique il fallait se résigner à provoquer le mécontentement du parti royaliste. Il avait demandé la guerre à grands cris, et ne voulait d'autre gouvernement que celui du roi absolu. Devant ces exigences, M. de Villèle avait pensé que sa tâche serait terminée avec la délivrance du roi ; après être sorti avec un bonheur inespéré d'une entreprise qui avait tant effrayé son imagination, il lui sembla insensé de courir encore de nouveaux hasards. Il se dit que, puisque la révolution avait été si facilement vaincue, il fallait qu'elle eût bien peu de racines, que dès lors le gouvernement royal se rétablirait de lui-même sans grande difficulté. Ne serait-il pas fort beau de voir le gouvernement de France, après un si grand service rendu à l'Espagne,
respecter son indépendance et s'abstenir de toute intervention dans ses affaires intérieures ?
Si on s'étonne de la grande responsabilité que je donne ici à M. de Yillèle en paraissant oublier celle qui incombait à M. de Chateaubriand, je répondrai que je mets en cause M. de Villèle parce que, s'il n'était pas homme d'État, il était au moins homme d'affaires, et que cela seul aurait dû sufBre pour le préserver des fautes qu'il a commises. Quant à M. de Chateaubriand, qui n'était ni homme d'État ni homme d'affaires, qui n'avait pour guide qu'une imagination que ses succès dans les lettres avaient exaltée, dont l'ambition vaniteuse était dirigée par les susceptibilités d'un amour-propre dont rien ne peut donner la mesure, il n'en fallait rien attendre. Du moment où le but principal de l'expédition fut atteint, que le roi fut délivré, son autorité reconnue, M. de Villèle s'imagina qu'il aurait rempli toutes ses obligations en laissant, pendant cinq ou six mois, de 40 à 50,000 hommes de troupes françaises occuper l'Espagne. On réglerait plus tard la somme qu'elle devrait payer à la France en compensation de celles qui avaient été réellement avancées. On ne comptait pas y faire figurer les frais de la guerre proprement dite, et la répétition se bornait à 50 ou 60 millions. Comment supposer qu'une somme aussi modérée ne serait pas très aisée à recouvrer? M. de Villèle comptait si bien sur ce recouvrement qu'il n'hésita pas à faire figurer ladite somme dans l'actif du budget de l'année suivante.
Le résultat de toutes ces fautes accumulées, de la faiblesse inexplicable du président du conseil, fut que le roi Ferdinand VII, qui devait tout à la France, méconnut ses obligations les plus claires et laissa prendre tantôt à la Russie, tantôt à l'Angleterre, une influence qui devait nous appartenir. Ce qu'on ne saurait croire, c'est que l'assistance, la protection des troupes françaises, stipulées d'abord pour six mois, furent réclamées pour les six mois suivants.