RÉACTION ABSOLUTISTE EN ESPAGNE
puis pour une seconde, pour une troisième, pour une quatrième année, et l'occupation a duré ainsi jusqu'au mois de septembre 1828! Mal servis par notre ambassadeur et par les commandants qui se sont succédé en Espagne, rien ne nous a été épargné en fait d'humiliations. Nous avons été condamnés à la dure condition de rester, l'arme au bras, spectateurs d'actes auxquels notre présence a donné une sorte de sanction bien compromettante. De faute en faute, l'Espagne est arrivée à une déplorable situation. Protégé par nos baïonnettes, le gouvernement de Ferdinand a pu commettre toutes les imprudences, toutes les absurdités. La réaction la plus odieuse a sévi dans toutes les provinces. Elle a suscité des complots, des révoltes, et bientôt les absolutistes eux-mêmes se sont soulevés contre l'autorité royale, qui ne laissait pas un assez libre cours à leurs vengeances. Les royalistes, mécontents d'un roi qui n'obéissait pas avec une aveugle soumission à leurs caprices, ont cherché un appui auprès de ses frères, dont les opinions sympathisaient mieux avec les leurs. Les incarcérations, les jugements, les supplices, ont décimé les deux partis.
Au milieu de ces désordres, sans cesse renaissants, dont les plus riches provinces du royaume se sont trouvées le plus gravement atteintes, comment les finances auraientelles pu se relever? Sans crédit, sans argent, il était impossible que les services les plus urgents ne fussent pas compromis; les engagements contractés envers la France n'ont pas été plus respectés que les autres. Décidément les colonies étaient irrévocablement perdues. Sans vouloir me montrer trop sévère, je ne puis m'empécher de penser que pour longtemps l'Espagne, l'alliée naturelle de la France, une des forces de la maison de Bourbon, n'a pas su garder la place qu'elle occupait en Europe. Dieu veuille que les convulsions intérieures auxquelles elle est encore destinée ne viennent pas troubler profondément la paix de
notre pays, triste récompense de tant d'efforts et de sacrifices.
Dès que le duc d'Angouléine eut franchi la frontière, se dirigeant sur Paris, M. de Villèle n'eut plus qu'une pensée : effacer dans l'esprit du prince la fâcheuse impression produite par l'envoi à Bayonne du duc de Bellune. La première des satisfactions qu'il lui offrit fut celle de retirer à ce maréchal le ministère de la guerre. Cette mesure était indispensable; le prince revenait avec le prestige, l'aulorité que donne le succès. Il n'avait pas cessé un seul jour, depuis son entrée en Espagne, de se montrer profondément ulcéré contre le maréchal, dont l'incapacité et la présomption avaient failli compromettre l'expédition. Son exaspération était telle, que plusieurs fois il avait annoncé la ferme résolution de n'accepter aucun rapport avec lui. Pour le remplacer, M. de Villèle n'hésita pas à proposer au roi M. Digeon. Il lui convenait d'autant mieux qu'il ne pouvait guère gêner le ministre des finances dans la surveillance qu'il prétendait exercer désormais sur les dépenses de la guerre. M. de Chateaubriand, qui était fort lié avec le duc de Bellune, ne trouva rien de mieux, pour marquer son mécontentement, que de s'opposer à ce choix. M. Digeon, dit-il, n'avait pas assez d'importance, assez d'autorité dans l'armée. On avait bien pu lui confier un intérim, mais on ne pouvait en faire définitivement un ministre ; ses opinions n'avaient aucune couleur, et il n'inspirerait confiance à personne. Que voulait-on, d'ailleurs? Un homme qui fût agréable au duc d' Angouléme ; il fallait donc le chercher dans l'armée qu'il ramenait. Mais sur qui devait s'arrêter le choix? Le général Guilleminot, qu'oa supposait plus avant dans la confiance du prince qu'il ne l'était réellement? Il avait eu une grande part au marché conclu à Bayonne avec M. Ouvrard. Ce marché, qui avait donné lieu à de graves reproches durant le cours de la campagne, était le sujet de beaucoup de critiques; il était