M. DE LA ROCHEFOUCAULD ET M, DE CORBIÈRE
nahce nouvelle. « Vu la lettre écrite le 4 de ce mois par « notre cousin le duc de La Rochefoucauld au préfet de « police, lui sont retirées les fonctions d'inspecteur général « du Conservatoire des arts et métiers, de membre du con- « seil général des prisons, du conseil d'agriculture, du « conseil général des hospices de Paris et du conseil géné- « rai du département de l'Oise. » Toutes ces fonctions étaient gratuites; M. de Liancourt, dont la vie entière avait été consacrée aux œuvres de bienfaisance, qui depuis vingt ans avait fait preuve d'un zèle infatigable et d'une générosité bien rare, répondit à M. de Corbière par un avis désignant les fonctions gratuites qu'il exerçait encore et qui, sans doute, avaient échappé à la vengeance du ministre. Le lendemain on lui retirait par mesure administrative la place de directeur à l'école des arts et métiers de Chàlons, dont il était le fondateur, et le titre de membre du comité de vaccine ; c'était lui qui avait apporté la vaccine en France! Tous ces procédés violents, toutes ces sottises, révoltèrent l'opinion. Il était évident que les plus grands services rendus à l'humanité n'étaient d'aucun poids quand ils n'étaient pas accompagnés des doctrines à la mode, et surtout qu'il n'était pas sans danger d'oser froisser l'amourpropre d'un homme que la Congrégation couvrait de son aile. Le duc de La Rochefoucauld-Liancourt était un grand homme de bien, jouissant de la plus haute estime; il était pair et l'un des plus grands seigneurs de l'ancienne France. Mais il avait le tort de ne pas se courber sous les exigences de la coterie dominante, dont l'ombrageuse défiance n'épargnait pas les hommes éminents placés en dehors de la politique.
Des savants confinés dans leurs études spéciales, des industriels, des commerçants dont l'esprit d'entreprise développait la richesse nationale, n'étaient pas épargnés. A l'École de médecine, on éloigna plusieurs professeurs jouissant d'une grande célébrité, mais soupçonnés de
n'être pas dévoués à ce qu'on appelait le « système monarchique ». Le docteur Dubois lui-même fut frappé, malgré son âge avancé et les grands services qu'il avait rendus dans la pratique comme dans le professorat^ On avait rayé de la liste du jury de l'exposition française M. Ternanx; peu d'hommes avaient fait faire autant de progrès que lui à la fabrique des châles, à la filature et au tissage. Il était évident que le gouvernement, dans l'exaltation du succès de l'expédition d'Espagne, n'admettait plus la moindre critique et qu'il était résolu à briser toute espèce d'opposition, partout où il la rencontrerait.
A la fin du mois d'août, Pie VU mourut à l'âge de quatrevingt-deux ans. Son règne a été rempli par les vicissitudes les plus terribles ; cette belle figure est une des plus remarquables de la grande époque à laquelle il avait survécu. Le choix de son successeur importait beaucoup à la France. Il était à désirer que les principes de modération dont son gouvernement s'était si rarement départi, dans les dernières années surtout, ne vinssent pas à périr avec lui. La France, malheureusement, n'était pas en situation d'exercer à Rome une grande influence. D'abord, le nombre des cardinaux français était peu considérable, car il ne s'élevait qu'à trois. Je n'y comprends pas le cardinal Fesch, sur lequel le gouvernement d'un prince de la maison de Bourbon n'avait aucun droit de compter. Restaient donc le cardinal de Bausset, le cardinal de La Fare et le cardinal de Clermont. Le premier était dans un état de santé qui ne lui permettait pas de faire le voyage de Rome; les deux autres se montrèrent peu empressés de seconder l'ambassadeur duc de Laval. Celui-ci, d'ailleurs, ne fut pas habile; il s'allia ouvertement avec l'Autriche pour les exclusions que celle-ci prononçait, et s'aliéna ainsi, dans le conclave, tout le parti italien. Au moment où il se croyait sûr d'avancer ou de retarder l'élection à son gré, et qu'il envoyait un courrier en France pour prendre les dernières instructions