‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier PasquierChapitre 240 sur 275 · POLITIQUE DE M. DE VILLÈLE · texte numérisé non relu

POLITIQUE DE M. DE VILLÈLE

du ministère, l'élection se trouva faite sans qu'il y eût aucune part. Il n'avait pas cessé de patronner le cardinal Castiglioni, et ce fut le cardinal Délia Genga qui fut préconisé. Peut-ê4re ce choix valait-il l'autre; Léon XII s'est, dans bien des occasions, montré favorable à la France; mais il n'en demeure pas moins vrai que les cardinaux français et l'ambassadeur de France n'avaient eu aucune influence dans le conclave. Cela n'empêcha pas M. de Chateaubriand de dire assez hautement que le nouveau Pape était celui que, dans le fond, il avait non seulement souhaité, mais imposé. Quoi qu'il en soit, cette élection ne fît aucune impression sur l'opinion publique.

Le gouvernement jouissait en paix de la faveur qui suit toujours le succès. Le moment paraissait propice pour la réalisation du plan depuis longtemps arrêté dans l'esprit de M. de Villèle : faire la dissolution, procéder au renouvellement intégral de la Chambre, profiter du courant d'opinion pour s'assurer une majorité qui pendant longtemps serait soumise et dévouée. La dissolution fut résolue ; on ne saurait blâmer ceux qui prirent cette décision. Ils agirent dans l'intérêt du parti qu'ils représentaient. Au point de vue de l'intérêt général, la question peut être envisagée d'une manière très différente. C'était chose grave de lier pour sept ans le pays à une Chambre nommée dans un courant d'idées peut-être peu durable. M. de Villèle était-il sûr de pouvoir longtemps la diriger? Avait-il assez d'autorité pour empêcher les entraînements, les passions de nature à froisser non seulement les opinions libérales, mais même les opinions modérées, raisonnables, qui dominaient dans la masse de la nation? M. de Villèle se croyait sûr de l'ascendant qu'il exerçait sur le parti royaliste et ne prévoyait pas les embarras que ce parti lui réservait. Les eût-il prévus, sa situation ne lui donnait aucun moyen de les conjurer.

Le 25 décembre parut l'ordonnance qui prononçait la

dissolution de la Chambre et fixait la convocation des collèges électoraux au 25 février et au 6 mars 1824. La même ordonnance annonçait l'ouverture de la session pour le 23 mars. Une autre ordonnance portait la nomination de vingt-sept pairs, comprenant un archevêque et un évêque, des hommes de cour, treize députés, tous choisis, excepté M. Laine, sur les bancs de la droite. On donnait la pairie à M. Laine pour le retirer de la Chambre des députés, où son talent et son humeur indépendante pouvaient souvent causer de l'embarras. M. de Villèle jugea à propos d'exclure de la liste des présidents de collèges électoraux tous les députés sortants qui se rangeaient derrière M. de La Bourdonnaye. C'était une imprudence, car M. de La Bourdonnaye n'était pas sans intelligence dans le conseil. Sa liaison avec M. de Chateaubriand avait été trop intime pour qu'il n'en restât pas quelque chose, et déjà les symptômes de méfiance ne manquaient pas. Les dissentiments contre le ministre des affaires étrangères et le président du conseil avaient été remarqués. Tout récemment encore, ils avaient éclaté à propos de la faveur concédée à M. de Chateaubriand par l'empereur de Russie. Alexandre avait témoigné sa satisfaction de la conduite de M. de Chateaubriand dans l'affaire d'Espagne, en lui envoyant le grand cordon de son Ordre. Ce cordon était bleu, et lorsque M. de Chateaubriand le portait, on pouvait croire qu'il avait obtenu le cordon du Saint-Esprit. M. de Villèle ne pouvait supporter la pensée que la même faveur ne lui eût pas été accordée. Il était président du conseil, c'est à lui qu'appartenait la direction des affaires. Il crut voir dans ce procédé un blâme de sa conduite; il ne lui fut pas difficile de faire partager cette manière de voir à Louis XVIII, qui n'aimait pas M. de Chateaubriand. Il accorda donc à M. de Villèle le cordon bleu; ce fut alors M. de Chateaubriand qui éprouva un dépit, une colère dont ses amis se firent les éloquents interprètes. Ils menacèrent d'une rupture

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