‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier PasquierChapitre 25 sur 275 · PRÉPARATIFS DE GUERRE A NAPLES · texte numérisé non relu

PRÉPARATIFS DE GUERRE A NAPLES

le souverain avait produit sur les esprits une très vive impression. Les carbonari commençaient à comprendre que Tarrivée de leur roi au congrès, lié par leurs exigences, n'ayant à vrai dire aucun pouvoir pour négocier, le mettait dans l'impossibilité d'être utile à ses sujets, et que de tout cela résulterait probablement la guerre que l'Autriche préparait déjà contre eux. Ils regrettaient alors les prétextes que leur folle obstination allait fournir à leurs ennemis. Seraient-ils longtemps soutenus par l'opinion publique à Naples même? Il était très permis d'en douter. Des observateurs éclairés croyaient apercevoir dans la masse populaire des symptômes de mécontentement et de réaction non douteux. C'était surtout dans les provinces qu'apparurent d'abord ces symptômes ; pour les dissiper, on fit comme diversion entamer une série de procès politiques ; c'est un spectacle qui émeut toujours la multitude. On commença par mettre en accusation tous les membres du dernier ministère. Bientôt on se restreignit au ministre des affaires étrangères et au ministre de l'intérieur ; mais cette tentative n'eut d'autre résultat que d'amener dans le parlement les plus violentes discussions, qui aboutirent, le 30 décembre, à un ajournement à peu près indéfini. Il y avait donc dans le parlement môme des éléments de résistance aux projets violents des meneurs. Alors on eut recours aux appels en masse pour préparer la défense du pays ; toutes les opinions politiques se trouvèrent confondues dans un même élan patriotique. Les hommes les plus modérés, entraînés par le sentiment d'honneur national, s'associèrent aux mesures que dirigeaient les deux généraux les plus importants de l'armée, Filangieri et Carascosa. Tous deux avaient été jusqu'alors en butte aux déclamations haineuses des carbonari. L'un venait d'être destitué du ministère de la guerre, l'autre avait été obligé de résigner le commandement de la ville de Naples. Il fallut bien recourir à leurs talents, et ils con-

sentirent à reprendre leurs services. De toutes parts on leva des milices et des gardes nationales. On mit Gaëte et Civitella del Trento dans un formidable état de défense. Enfin, on parvint à réunir une force active de trentecinq à quarante mille soldats de ligne et de cinquante à soixante mille miliciens. Cette force fut divisée en trois corps d'armée, destinés à garder sur la frontière les positions les plus avantageuses pour la défense du pays. Puis vint la mise en scène ordinaire ; tous les clubs, tous les lieux publics eurent leur tribune; on n'entendait parler que de l'héroïsme qu'allait déployer pour la défense de la liberté la valeureuse nation napolitaine. Le parlement luimême retentissait des vœux, des offrandes, des serments patriotiques, en attendant les actes qui porteraient jus qu'aux générations les plus lointaines la gloire d'une si belle résistance. Était-ce donc bien sérieusement qu'on pouvait se flatter de résister? Était-il possible de persuader qu'un aussi petit État que le royaume de Naples, n'ayant d'autre ami que l'Espagne, tout à fait impuissante à le secourir, pût avec ses seuls moyens faire tête aux forces redoutables dont il était menacé? Les carbonari eux-mêmes n'étaient pas assez aveugles pour le croire, mais ils espéraient que la haine qu'inspiraient dans toute l'Italie la puissance et la domination autrichiennes amènerait un soulèvement général. Du moment où les troupes autrichiennes se hasarderaient à passer le Pô, la conflagration deviendrait générale et irrésistible. On redoubla donc d'activité pour faire pénétrer partout des proclamations révolutionnaires, dans les États de Rome, de Toscane, de Piémont, et même dans le royaume lombard-vénitien. La pensée des révolutionnaires de Naples était de faire sortir d'une guerre particulière la guerre de l'indépendance italienne. Ils ne cherchaient guère à dissimuler leurs vues; on parlait hautement, dans les clubs de Naples, de lever l'étendard de la libération générale. C'était donner raison

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