LETTRE PASTORALE DE M. DE CLERMONT
déclarée. Le ministre des affaires étrangères ne pouvant, disaient-ils, supporter cet affront, une réparation lui était due. On devait lui accorder la même faveur qu'au président du conseil. On ne crut pas prudent de braver ces emportements; la vanité de M. de Chateaubriand fut satisfaite, et dès le 7 janvier il put mettre le cordon bleu de France par-dessus le cordon bleu de Russie.
Une autre querelle s'était engagée entre le président du conseil et ses amis, à propos d'une lettre pastorale de M. le cardinal de Clermont-Tonnerre, archevêque de Toulouse. Cette lettre avait été rédigée à Rome en sortant du conclave. Elle n'avait pas tardé à arriver dans son diocèse, d'où elle s'était répandue par toute la France. Le cardinal attaquait plusieurs points fondamentaux de la législation française, les déclarant incompatibles avec les droits de l'Église et réclamant leur réformation comme urgente. On devait faire :
« 1° Les modifications législatives que l'opinion et l'ina térêt publics demandent depuis longtemps et qui sont (( nécessaires au maintien de la foi. N'est-il pas à désirer « que nous ne restions pas plus longtemps en arrière des « autres nations européennes et que le mariage surtout, ce (( contrat si important dans l'ordre social et sous le rapport « de la religion, puisse ne pas être parmi nous une sorte a d'abrogation formelle du christianisme et même de tous a les principes religieux? 2"* Le rétablissement des synodes « diocésains et des conseils provinciaux; 3"* la réhabilitation a des fêtes solennelles, dont suivait l'énumération; 4» le « rétablissement de plusieurs Ordres religieux [en France; a 5"* les attributions des officialités métropolitaines et diocé- « saines réglées suivant les canons ; 6* une réorganisation « des chapitres, conformément à la discipline de TËglise; a 7** enfin la suppression des lois dites organiques rendues « à la suite du concordat de 1801, contre lesquelles le Sainta Siège avait toujours réclamé. Ces lois, émsinées de Tau-
a torité civile, étaient, disait-il, formellement contraires à « la discipline de l'Ëglise sur plusieurs points. » Ajoutez à cet exposé de prétentions si étendues et si hautaines un préambule où les expressions de mépris et de réprobation étaient prodiguées à toutes les réformes amenées par la Révolution française.
On comprend les inquiétudes qu'une telle publication devait exciter aussi bien parmi les dissidents du culte catholique que parmi les acquéreurs de domaines nationaux. Le gouvernement devait craindre qu'une démarche aussi téméraire n'eût été inspirée par le nouveau gouvernement pontifical, sous les yeux de M. le cardinal se disant assuré d'avance « que ses demandes seraient nécessaire- « ment appuyées par un ministère qui, dans la guerre « d'Espagne, venait de montrer autant de sagesse et de « prudence que les armées françaises avaient montre « d'intrépidité et de valeur » .
M. de Villèle comprit la gravité d'une pareille démarche; il vit clairement la nécessité d'arrêter d'aussi imprudentes prétentions. La lettre pastorale fut déférée au conseil d'Etat; M. Portalis fut chargé d'en faire le rapport. Sur l'avis du conseil, une ordonnance royale intervint, dans laquelle Sa Majesté, considérant que s'il appartenait aux évêques de demander les améliorations et les changements qu'ils croient utiles à la religion, ce n'était point par la voie des lettres pastorales qu'ils pouvaient exercer ce droit, puisqu'elles ne sont adressées qu'aux Gdèles de leur diocèse et ne doivent avoir pour objet que de les instruire de leurs devoirs religieux; considérant encore que son cousin le cardinal de Toulouse avait publié, sous la forme de lettre pastorale, des propositions contraires au droit public et aux lois du royaume, aux prérogatives et à l'indépendance de la couronne, déclarait qu'il y avait abus dans ladite lettre pastorale et en ordonnait en conséquence la suppression. On y joignit des lettres adressées par le ministre de Tinté-