‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier PasquierChapitre 242 sur 275 · L£ CLERGÉ APPELÉ AUX AFFAIRES · texte numérisé non relu

L£ CLERGÉ APPELÉ AUX AFFAIRES

rieur aux évoques et aux archevêques, pour leur prescrire l'enseignement dans les séminaires de la fameuse déclaration de 1682; mais cet ordre fut considéré comme non avenu dans beaucoup de diocèses; comme toujours il devait être suivi, à bien courte échéance, par de nombreuses atténuations, pour ne pas dire de formelles rétractations.

Dès le mois d'avril, l'archevêque de Sens, cardinal de La Fare, entra comme ministre d'État dans le conseil privé; au mois d'août suivant, l'évêque d'Hermopolis, M. Frayssinous, prit place dans le conseil des ministres en qualité de ministre des affaires ecclésiastiques et de l'instruction publique. Le même jour, deux archevêques, celui de Besançon, M. de Villefrancon, celui de Reims, M. de Latil, et l'évêque d'Autun, M. de Vichy, furent autorisés à participer, comme conseillers d'État, aux délibérations du conseil d'État. Jamais les exigences du haut clergé n'avaient été aussi largement satisfaites. Un peu plus tard, on verra arriver dans le conseil privé le cardinal de Latil et même le cardinal de Clermont-Tonnerre, contre lequel la sentence du conseil d'État avait été prononcée. Dix-neuf archevêques et évêques furent successivement introduits par M. de Villèle dans la Chambre des pairs. Le clergé ne pouvait décidément pas se plaindre de la part qu'on lui laissait dans la gestion des affaires publiques. Certes je ne suis pas de ceux qui croient que la sagesse et la justice commandent de tenir le clergé dans un isolement absolu ; il est des questions dans lesquelles son influence, loin d'être fâcheuse, est à désirer. C'est une question de tact et de mesure aussi bien de la part du gouvernement que du clergé lui-même. Ainsi, par exemple, quel inconvénient peutron redouter de l'introduction dans l'une et l'autre Chambre d'un certain nombre d'ecclésiastiques? Leur puissance ne saurait jamais y être redoutable. Ce qu'il ne faut jamais perdre de vue, c'est qu'il n'est pas de question sur laquelle l'esprit public en France se soit de tout temps

montré plus susceptible, plus ombrageux, que. celle de rintervention des prêtres dans les intérêts séculiers.

Le résultat des élections fut ce qu'il devait être avec la pression exercée par les agents du gouvernement. L'opposition libérale fut presque anéantie; elle ne comptait plus que vingt membres. L'opinion royaliste, se trouvant sans contrepoids, devint ingouvernable. Les membres de la droite ultra qui avaient suivi M. de La Bourdonnaye dans son opposition, arrivaient tous irrités des obstacles qui leur avaient été vainement opposés. Si le parti libéral était décimé, il avait cependant gardé ses principaux orateurs, le général Foy, M. Casimir Perier, M. Benjamin Constant, M. de Girardin et M. Dupont de l'Eure. Il avait eu la bonne chance de voir échouer M. Manuel en Vendée comme à Paris. Malgré les efforts du ministère, le département de la Marne avait réélu M. Royer-CoUard.

La première concession à faire à la majorité toute-puissante était l'indemnité aux émigrés, qu'ils n'avaient cessé de réclamer depuis la proposition du maréchal Macdonald. L'exécution présentait de grosses difficultés. Aurait-on recours au crédit? Le taux auquel on avait contracté le dernier emprunt était fort encourageant; mais il n'avait été atteint que parce qu'on le considérait comme le dernier appel fait au public et qu'on le savait suffisant pour libérer la France de ses dettes. Il faudrait voter de nouveaux impôts pour payer les intérêts de cette nouvelle charge: car il ne semblait pas possible de diminuer la somme consacrée à l'amortissement. Le dernier emprunt n'avait été contracté que sur l'assurance donnée par M. de Villèle qu'on ne toucherait pas à ces fonds. MM, Greffulhe et Sartoris étaient au nombre des capitalistes les plus considérés de Paris. Ils étaient restés en dehors de tous les emprunts souscrits depuis la Restauration. Possesseurs d'une grande quantité d'actions des canaux, ils pensèrent qu'une diminution dans l'intérêt delà rente déciderait un grand nombre

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