DISCUSSION DU PROJET DE CONVERSION
convention avaient fini par transpirer, et la jalousie des deux banquiers qui avaient été écartés après avoir, les premiers, connu le projet qui avait prévalu, s'était manifestée par des plaintes et des confidences qui avaient levé tous les voiles. Il avait été facile de chiffrer les bénéfices que feraient, dans Thypothèse de la conversion, les banquiers souscripteurs de l'emprunt. M. de Villële fut obligé, dans le cours du débat, de donner les renseignements qu'il avait si hautainement refusés. Il fut avéré qu'en compensation de tous les frais, de toutes les chances des remboursements qui pourraient être demandés, on leur avait abandonné les bénéfices qui seraient acquis au Trésor par la conversion, jusqu'à l'époque du 1" janvier 1826, c'est-àdire pendant dix-huit mois environ. Or le bénéfice ne pouvait être moindre de 40 millions. Les ennemis du ministère se récrièrent, comme de raison, sur l'énormité d'une telle concession; M. de La Bourdonnaye prononça un discours beaucoup plus habile qu'on ne devait s'y attendre sur une matière à laquelle il était jusque-là resté étranger. Toutes les objections sérieuses et pressantes dont le projet était susceptible s'y trouvèrent très fortement exposées; après lui, les opinions de MM. de Girardin et Perier furent les plus remarquables. Ils s'emparèrent de la phrase du discours de la couronne disant que la conversion était faite dans la pensée et le désir de fermer les dernières plaies de la Révolution. Ainsi, disaient les uns, les rentiers sont sacrifiés au besoin de satisfaire les émigrés; ainsi, disaient les autres, une réparation juste, nécessaire et désirée par tous les bons esprits est gâtée et compromise par cette alliance funeste qui tend à lui ôter le caractère d'équité et de générosité dont elle doit rester empreinte. La loi fut votée, mais l'opposition avait réuni 145 voix. Dans une occasion aussi importante, avec une Chambre que le ministère devait regarder comme si dévouée, cette minorité fut certainement beaucoup plus forte qu'il ne s'y était attendu.
Dans les jours qui s'écoulèrent entre le vote de la Chambre des députés et 1^ présentation du projet à la Chambre des pairs, le public se passionna pour la question, qui touchait à tant d'intérêts; la diminution du taux d'intérêt de la rente soulevait de nombreux mécontentements. Les journaux, les brochures entretenaient l'agitation ; les représentants des principales maisons de banque de l'Europe étaient accourus à Paris pour mieux juger l'état des choses et décider la part qu'ils pouvaient prendre à l'opération. Dans les salons, dans les cafés, dans tous les lieux de réunion publique, on ne parlait pas d'autre chose. J'étais pour ma part décidé à intervenir dans la discussion qui allait s'ouvrir à la Chambre des pairs. L'opposition devait se trouver plus nombreuse qu'on ne l'avait supposé d'abord; à sa tête se trouvaient les deux personnes qui avaient dans les questions l'autorité la mieux établie, M. le comte Mollien et M. le comte Roy; avec eux marchaient tous les membres du ministère Richelieu.
Ce fut M. Roy qui commença l'attaque; son discours, plein de raison, de force et de science, dissipa une partie des illusions dont le ministère avait su jusqu'alors entourer son système; l'impression produite fut profonde. J'intervins à mon tour avec toute l'insistance que donne une conviction formée par l'étude la plus consciencieuse des conséquences que pouvait avoir pour la fortune publique cette atteinte portée aux engagements contractés. Au point de vue politique, je ne craignis pas de dire qu'on devait redouter la désaffection que produirait, dans l'esprit des petits rentiers, la diminution de leur fortune. Ce mot me fut reproché; il était juste, et l'archevêque de Paris n'hésita pas à le répéter.
La discussion dura six jours ; un premier amendement présenté par M. Roy ne fut rejeté que par 114 voix contre 112; puis, quand on vota sur le premier paragraphe de