‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier PasquierChapitre 249 sur 275 · ATTAQUES DE LA PRESSE CONTRE M. DE VILLÈLE · texte numérisé non relu

ATTAQUES DE LA PRESSE CONTRE M. DE VILLÈLE

dienne avait pris parti pour la contre-opposition ; elle s'était signalée par dès articles très bien faits, très incisifs, contre la conversion des rentes. Ainsi les deux journaux les plus répandus, les mieux considérés dans le parti royaliste, passaient à l'opposition. Leurs attaques encourageaient le parti libéral. Il était difficile au gouvernement de traduire devant les tribunaux les journaux de cette nuance, sans demander en même temps la condamnation des autres. Le Journal des Débats jouissait encore, ainsi que la Quotidienne, d'une sorte d'inviolabilité qui s'étendit bientôt jusqu'au Constitutionnel. Cependant, chaque jour les attaques devenaient plus violentes, plus intolérables, injustes souvent, mais trouvant dans le public une sympathie, une complicité redoutables. M. de Villèle apprit alors à ses dépens, et bien cruellement, jusqu'où pouvait aller cette licence de la presse, qu'il avait si longtemps tolérée et défendue. Au milieu de ce débordement d'injures, un seul journal le défendait encore, YÉtoile, journal fondé par le ministère Richelieu et que nous lui avions bénévolement laissé en nous retirant.

L'échec subi par la loi sur la conversion était grave; la conscience publique était décidément rangée du côté de la Chambre des pairs. Il restait démontré que l'opération était injuste à l'égard des rentiers, qu'elle ne reposait que sur une manœuvre d'agiotage. La discussion qui avait amené ce résultat avait été presque entièrement soutenue par les hommes dont M. de Villèle redoutait le plus l'influence, parles membres du ministère qu'il avait remplacé. Or, il était impossible que le succès qu'ils venaient d'obtenir n'accrût pas leur importance dans la Chambre et ne leur conciliât pas l'opinion publique. De toutes façons, les conséquences de cet échec pouvaient être fâcheuses. Tout avait été combiné dans la supposition d'un succès regardé comme certain ; tous les capitalistes de l'Europe avaient été engagés; ils avaient pris les dispositions qu'on leur

avait demandées, et le ministre, sur la parole duquel ils avaient cru pouvoir s'avancer, était venu échouer précisément sur le terrain où il devait se croire le plus sûr de ses forces. Quel allait être le cours des effets publics? Sans doute, ceux qui avaient concouru à les faire monter si rapidement étaient intéressés à les soutenir ; mais auraient-îls la force nécessaire pour ne pas succomber sous le fardeau? Il est une justice qu'il faut rendre à M. de Villële, son courage ne fut pas abattu par une situation aussi critique ; il sut soutenir et diriger l'énergie des personnes dont le concours lui était utile. Il sut leur persuader que la partie n'était pas perdue. N'avaitr-il pas pour lui sa majorité de la Chambre des députés? Les députés, blessés dans leur amour-propre et ne voulant pas accepter la leçon donnée par la Chambre des pairs, affectaient de se serrer autour du président du conseil ; les pairs étaient traités par eux de libéraux, de factieux. M. de YiUèle exploita fort habilement tous ces sentiments et fut puissamment aidé par tous ceux qui avaient été attirés par l'intérêt exorbitant que TËtat payait aux porteurs de rentes. Il eut pour complices ceux qui s'étaient empressés de prendre une part dans une opération que des banquiers puissants et habiles patronnaient. Qui pourrait savoir et dire les noms de ceux qui assiégèrent alors le cabinet du président du conseil, pour obtenir l'engagement formel de recommencer la lutte? Tous ces désappointés partagèrent le dépit, le ressentiment du ministre, et firent cause commune avec lui. Ils mirent en jeu, pour le soutenir, toutes les influences dont ils disposaient.

Le ministère n'était pas au bout de ses difficultés, de ses déboires avec la Chambre des pairs. Deux projets de loi avaient été présentés ; le premier, sur les crimes commis dans les églises, fut retiré après une discussion qui avait mis en lumière les défauts et l'incohérence des dispositions proposées par le garde des sceaux; la seconde, sur les

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