NOUVEL ÉCHEC DU MINISTÈRE
communautés religieuses de femmes, donna lieu à un débat fort sérieux. Je pris part à la discussion avec MM. Siméon, Laine, Portalis et de Lally-Tollendal.
Nous soutenions que les autorisations à donner aux communautés religieuses, rentrant dans la matière administrative, devaient être données dans la forme usitée pour les lois, et non pas dans la forme des règlements d'administration publique. Je démontrai que, si le principe qu'une ordonnance royale suffisait pour autoriser l'existence des communautés religieuses de femmes était admis, il n'y aurait aucune puissance de raisonnement qui fût capable d'empêcher que le même principe ne fût un jour appliqué aux communautés d'hommes. Je n'avais pas à désigner les communautés d'hommes qui, suivant toutes les apparences, se tenaient prêtes à profiter de cet avantage ; il n'y eut personne dans l'assemblée qui ne nommât celle des Jésuites. Cet argument fut décisif, le projet fut rejeté par 85 suffrages contre 83. Cet échec survenu à la suite de deux autres causa dans le ministère un émoi beaucoup plus grand qu'on ne devait le prévoir. Il y avait donc, au fond de cette affaire, un intérêt très puissant qui se trouvait blessé; je n'en pus douter lorsque, le dimanche suivant, je me rencontrai dans le cabinet du Roi avec l'évêque d'Hermopolis. Nous avions été jusqu'alors dans d'assez bons termes ; il s'approcha de moi, l'œil allumé, avec une démarche précipitée. « Ahl pour le coup, monsieur, dit-il, c'est trop « fort! Vous avez fait rejeter notre loi sur les communautés « religieuses, et ceci, en fait d'opposition, porte un peu « trop haut. » Je me bornai à le remercier de l'honneur qu'il me faisait et à l'assurer que je n'étais nullement disposé à me repentir de la part, si petite qu'elle fût, que je pouvais avoir dans le vote qui paraissait le contrarier si fort. Depuis ce jour nos rapports ont cessé.
Il était difficile qu'à l'occasion des crédits extraordinaires destinés à payer les dépenses pour l'expédition d'Espagne,
l'oppositioa ne demandât pas des explications embarrassantes pour le gouvernement. Les déboursés de la France dépassaient 300 millions.
Après M. de La Bourdonnaye, le général Foy prononça un discours fort écouté. Il ne blâma point les marchés faits à Bayonne, mais il accusa les ministres d'avoir, par leur impéri tie, réduit le prince généralissime à la nécessité de les accepter. Il conclut en disant que, comme le crédit sup* plémentaire demandé n'était ni appuyé, ni rédigé dans les formes voulues par la loi du 25 mars 1817, il votait contre le projet. Le duc de Bellune avait, dans les jours précédents, publié un mémoire qui fournissait beaucoup plus d'armes à ses ennemis que d'arguments à ses défenseurs. Son successeur, le baron de Damas, n'était pas plus que lui en état de répondre à des adversaires aussi habiles. Tout le fardeau de la discussion retomba donc sur M. de Villèle. Sa situation était fort difGcile; le duc d'Angouléme ne lui aurait pas pardonné de ne pas soutenir la nécessité des marchés de Bayonne, et il était impossible de ne pas li\Ter l'administration du duc de Bellune. Après ses explications embarrassées, le sentiment général fut qu'il fallait procéder à une enquête. Il n'y avait rien à quoi M. de Villèle dût se décider moins volontiers. D'abord, ce serait la première fois qu'un pareil procédé aurait été employé. Souvent l'opposition l'avait réclamée; aucun ministre n'avait consenti à l'autoriser; ensuite, où mènerait cette enquête? Elle pouvait compromettre des personnages fort importants, même parmi ceux qui avaient entouré le prince. Le président du conseil s'opposa donc formellement à cette demande. Enfin la discussion fut close, les crédits extraordinaires votés par 234 suffrages contre 69. Ce chiffre dut paraître bien considérable à M. de Villèle dans une telle Chambre et sur une telle question. L'impression qu'il en ressentit fut profonde, à ce point qu'elle lui inspira une résolution à laquelle oa ne devait pas s'attendre. Soit crainte de voir renouveler la