‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier PasquierChapitre 251 sur 275 · LA COMMISSION D'ENQUÊTE · texte numérisé non relu

LA COMMISSION D'ENQUÊTE

demande d'enquête dans la Chambre des pairs, soit appréhension que l'obstination de son refus ne pût, en aigrissant les esprits, rendre plus difGcile et phis orageuse la discussion qui allait s'ouvrir nécessairement sur le budget de 1825, il se décida à faire signer par le Roi une ordonnance chargeant une commission de recueillir tous les documents propres à faire apprécier les causes et l'urgence des crédits supplémentaires accordés pour l'exercice 1823. Cette commission composée du maréchal duc de Tarente, président, de MM. Villemanzy, Daru, pairs de France, de MM. de Vaublanc, de La Bouillerie et Halgan, députés, devait soumettre le résultat de ses travaux à Sa Majesté avant le 1" décembre suivant. C'était une véritable commission d'enquête; elle n'était pas, à la vérité, nommée par les Chambres, mais elle était prise dans leur sein, et cette concession était considérable. Jamais occasion n'avait été plus mal choisie pour céder sur un point de cette gravité. D'abord cela n'était pas nécessaire, puisque le vote des crédits était obtenu dans la Chambre des députés et qu'il n'était pas douteux dans la Chambre des pairs ; ensuite, c'était de la part du ministre donner un démenti formel aux paroles qu'il prononçait deux jours avant; enfin c'était, en reculant la solution, donner un beaucoup plus grand éclat à une affaire que, dans l'intérêt du gouvernement, il aurait fallu pouvoir étouffer.

La session touchait à la fin. De la longue et monotone discussion du budget, je n'ai à signaler que les attaques dont le ministère fut l'objet à propos des dépenses de la sûreté générale. M. de La Bourdonnaye se plaignait des scandaleuses manœuvres électorales, et surtout des sommes dépensées pour acheter et asservir la presse. M. de Villèle avait longtemps défendu la liberté des journaux; puis, à mesure que leur opposition devenait plus incommode, il s'était efforcé do les contenir par les moyens légaux. Il avait naïvement cru qu'en comblant de faveurs le parti

royaliste, les écrivains appartenant à ce parti lui resteraient fidèles et n'épargneraient rien pour défendre les actes de son administration. Il savait cependant, par dix années d'expérience, quelles intrigues, quelles jalousies, dirigeaient ses amis. Pendant deux ans, il prit son mal en patience, quelle que fût l'aigreur de leurs critiques. Dans ces premiers temps, d'ailleurs, c'est surtout la presse libérale qui se montrait agressive, et les tribunaux étaient sévères pour elle; mais lorsque, après le succès de la guerre d'Espagne, il fut harcelé par la plupart des journaux royalistes, lorsque surtout à propos de la loi de conversion des rentes la Quotidienne^ qui s'adressait surtout aux lecteurs royalistes et catholiques, ne garda plus aucun ménagement, son irritation fut au comble. Ces impressions étaient non moins vives chez le ministre de l'intérieur, son ami de Corbière, et chez M. le garde des sceaux de Peyronnet. Ils résolurent de tout tenter pour arrêter une guerre qui leur causait tant de soucis. Le garde des sceaux se chargea d'activer Factiori des tribunaux. Au ministre de l'intérieur appartenait le droit d'accorder ou de refuser les autorisations demandées pour l'établissement des feuiUes périodiques ; on résolut de n'en pas accorder de nouvelles. Pour les journaux existants, ne serait-il pas possible de les acheter? Ainsi la liberté de la presse périodique n'existerait plus qu'au profit du gouvernement. L'exécution de ce plan était difficile pour certains journaux libéraux; mais pour ceux-là, on se tenait assuré d'une répression sévère de la part des tribunaux. Restait donc la presse royaliste, la propriété de ces journaux étant généralement divisée en actions, réparties entre un grand nombre d'actionnaires qui seraient heureux de céder leurs droits si on leur faisait des offres avantageuses. Il n'y avait pas jusqu'au Journal des Débais dans lequel on ne se fût témérairement flatté d'entrer sans trop de difficulté; mais la famille Bertin avait pris ses précautions contre ce danger, et on vit

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