MANŒUVRES CONTRE LA PRESSE
bientôt qu'il n'y avait rien à faire de ce côté. Dans ces délicates négociations, M. Sosthènes de La Rochefoucauld fut le principal agent de M. de Villèle, et surtout de Monsieur, qui fournit une grande partie des fonds nécessaires. Le premier succès qu'il remporta fut auprès d'un recueil périodique intitulé : Les tablettes historiques. Il était rédigé avec assez d'habileté, dans une nuance modérée, par les écrivains désignés sous le nom de doctrinaires. Sous le prétexte que les affaires du journal n'étaient pas prospères, il cessa de paraître. D'autres tentatives du même genre furent faites sur des feuilles de second ordre, avec un succès plus ou moins complet, lorsque enfin on s'adressa à la Quotidienne. Le directeur en chef, principal propriétaire, était M. Michaud, royaliste d'un dévouement éprouvé, dont le zèle et les services avaient été fort utiles en 1814. Dans l'affaire de la conversion, il s'était séparé du ministère; il était fort indépendant, très désintéressé, et refusa de céder ses actions. On espéra lui faire la loi en se rendant maître de toutes celles qui n'étaient pas entre ses mains; quand on fut arrivé à réunir un peu plus de la moitié, on se crut en droit de lui retirer son titre de rédacteur en chef. On refusa d'insérer un article écrit par lui, en faveur de M. de Chateaubriand. M. Michaud rédigea alors une autre Quotidienne à laquelle se rattachèrent tous les rédacteurs qui travaillaient avec lui, et aussi le plus grand nombre des abonnés. Le gouvernement fit saisir le nouveau journal, comme paraissant sans autorisation. Il fallut porter l'affaire devant la cour royale de Paris. Après de longs débats et un habile plaidoyer dans lequel M. Berryer dévoila tous les agissements du ministère, un arrêt intervint en faveur de M. Michaud, déclarant qu'il devait rester rédacteur en chef de l'ancienne Quotidienne. Un second arrêt fut un plus grave échec encore. Pour empêcher le gouvernement d'accaparer à son profit les organes du parti royaliste, MM. de La Bourdonnaye et de Lalot, aidés de
quelques amis, avaient décidé de ressusciter une feuille dûment autorisée avant la loi de 1822, qui avait cessé de paraître faute d'abonnés. Le ministère public fit saisir les premiers numéros, soutenant qu'ils ne pouvaient paraître sans une nouvelle autorisation. Les juges, malgré les efforts du ministère public, lui donnèrent tort. Ils y avaient été évidemment déterminés en considération des manœuvres de la puissance ministérielle. Dix jours plus tard, ils acquittaient le Courrier y journal d'opposition. La série des articles incriminés était longue, il y en avait de très coupables. Les plaidoyers occupèrent quatre audiences; après deux heures de délibération dans la chambre du conseil, le premier président Séguier déclara qu'il y avait partage. Dans les matières criminelles , il est de principe qu'en cas de partage, l'avis favorable à l'accusé doit être celui qui prévaut.
C'est à toutes ces circonstances si graves, qui avaient ému l'opinion publique, que M. de La Bourdonnaye faisait allusion dans son discours. C'est en rappelant l'étrange emploi, fait par le ministère, des fonds qui lui avaient été confiés, qu'il demandait le refus du vote de confiance qu'on sollicitait de la Chambre. Après une réplique de M. de Corbière, les fonds furent votés, mais resta la fâcheuse impression produite dans le public par les révélations apportées à la tribune. Poursuivant avec une implacable énergie la guerre entreprise contre le président du conseil, M. de La Bourdonnaye déposa une proposition qui devait, plus que toutes autres, l'embarrasser.
La chute de la grande opération financière de M. de Yillèle devait faire penser à ses adversaires que rien ne serait plus capable de lui susciter de redoutables ennemis que de le forcer à s'expliquer sur la question de l'indemnité des émigrés, qui, malgré ses dénégations, avait été certainement liée à celle de la réduction des rentes, dans son esprit. M. de La Bourdonnaye demandait donc qu'une