ÉLECTIONS DE
aurait pu sans péril tenter la dissolution, qui avait tant effrayé quelques esprits.
Les royalistes de la droite et du centre formaient donc la majorité, mais il fallait, pour qu'elle fût solide et sage tout à la fois, qu'ils restassent unis, et que la droite ne se séparât pas du centre ; l'opposition était encore trop puissante pour qu'on pût impunément se diviser. Ainsi la droite avait besoin du centre, auquel appartenaient plusieurs ministres; le centre et les ministres avaient un besoin non moins grand de la droite ; disons plus, ils étaient dans sa dépendance. Ce ne sont pas les plus modérés qui dans les partis politiques font la loi. La portion la plus exaltée des royalistes avait bien reçu quelques renforts dans les dernières élections. Us en profiteraient certainement pour entretenir l'agitation, raviver les méfiances contre le ministère, en le représentant comme disposé à s'allier avec la gauche. Rien n'était moins fondé qu'un tel soupçon, car ce qu'il y avait alors de plus irréconciliable était le ministère et le parti libéral. Les libéraux avaient reçu depuis neuf mois de trop sensibles coups pour qu'il leur fût possible de pardonner jamais, la suite l'a bien prouvé, au ministère. Les ministres avaient eu l'occasion de pénétrer trop avant dans les projets des chefs de l'opposition pour qu'ils pussent jamais se croire permis de pactiser avec eux.
Il y avait dans tout cela, et avant tout, des ambitions à satisfaire; au premier rang de celles avec lesquelles il fallait compter se plaçaient celles de MM. de Villèle et de Corbière. Ils étaient les chefs du côté droit, ils avaient la confiance de Monsieur. On y était résolu, l'engagement en avait même été en quelque sorte pris au moment de leur départ; mais quelles étaient ces concessions? Fallait-il les faire immédiatement, et dans quelle mesure? d'une manière égale pour tous les deux? Il y eut une hésitation fâcheuse. Le plus capable, le moins exigeant de ces deux
hommes, on l'avait éprouvé pendant la dernière session, était M. de Villèle; il y aurait eu dès lors un assez grand avantage à s'en emparer tout d'abord, et à rompre un peu cette association si complète qui existait entre lui et M. de Corbière, dont le caractère incommode n'avait été déjà que trop éprouvé. Comme l'un habitait Toulouse et l'autre Rennes, on pouvait profiter de cet éloignementpour engager l'un en dehors de l'autre. Une partie du ministère, MM. Portai, Mounier et moi étions d'avis, à la fin de novembre, que le Roi fît sans délai appeler M. de Villèle dans le conseil. Il n'était pas à craindre alors qu'il refusât ; on eût pu satisfaire ensuite M. de Corbière par quelque situation importante dans l'administration. On l'aurait ainsi acquis ou du moins neutralisé, sans pour cela le faire entrer dans le conseil, où son humeur difficile ne pouvait qu'apporter des germes de division. M. Portai offrait le ministère de la marine comme pouvant être plus convenablement proposé à M. de Villèle, qui avait autrefois servi comme officier dans la flotte. M. Portai eût fait un grand vide dans le conseil, le duc de Richelieu l'avait apprécié, en faisait grand cas, espérait bien lui faire place dans un délai rapproché. On jugeait depuis quelque temps que le nombre des membres dans le conseil n'était pas assez grand pour répondre à tous les besoins de l'administration. On avait l'exemple de l'Angleterre, où le nombre des ministres est de douze ou treize membres ; la réalisation de ce projet soulevait encore de grandes difficultés, et le duc de Richelieu n'osa pas l'adopter; il craignait un refus de M. de Villèle s'il faisait en sa faveur quelque chose qui ne fût pas auparavant concerté entre lui et son ami Corbière ; il se borna donc à engager ces messieurs à arriver le plus tôt possible. Mais tous ces pourparlers avaient éveillé les ambitions parmi les hommes avec lesquels il fallait compter. Il faut citer M. de Chateaubriand, si cher aux royalistes, si connu du public par son talent d'écrivain, disposant à son