NÉGOCIATIONS AVEC LE PARTI ROYALISTE
gré de Tune des feuilles publiques les plus répandues, le Journal des Débats^ dont les rédacteurs et propriétaires principaux, MM. Bertin, lui étaient dévoués jusqu'au fanatisme. Il était, il est vrai, fort peu agréable au Roi depuis la publication de son livre : La monarchie suivant la Charte : le post-scriptum de ce livre avait été considéré par Louis XVIII comme une insulte personnelle. Ces sentiments avaient été confirmés par les articles insérés dans le Conservateur et sa haineuse opposition à M. Decazes. Ce que M. de Chateaubriand avait perdu du côté du Roi, il l'avait gagné du côté de Monsieur. Il était donc à ménager ; intimement lié avec MM. de Villèle et de Corbière, le dernier surtout, son compatriote breton, on devait s'attendre à lui voir prendre une grande influence sur leurs décisions. C'est ce qui advint en effet. Dès leur arrivée à Paris, M. de Richelieu s'empressa d'offrir à M. de Villèle le ministère de la marine et à M. de Corbière la présidence du conseil royal d'instruction publique, que M. Laine s'était obstiné à refuser. Cette situation, qu'on avait faite assez belle, assez avantageuse pour être occupée par un homme qui avait joué d'aussi grands rôles politiques que M. Laine, puisqu'il avait été président de la Chambre, ministre de l'intérieur, et venait d'être décoré du Cordon bleu, n'était pas indigne de M. de Corbière, mais l'entrée au conseil n'y était pas jointe, et c'était précisément ce qu'il voulait obtenir, ce dont M. de Chateaubriand lui conseillait de ne pas se départir, et ce que son parti désirait par-dessus tout.
Pendant plusieurs jours que dura la négociation, la résistance du député breton fut invincible ; M. de Villèle était le porteur de parole habituel. Celui-là voyait souvent le duc de Richelieu, ne négligeait rien pour le séduire, affectant une grande bonhomie, surtout un absolu désintéressement. « Qu'on satisfasse Corbière, disait-il, il n'y a 0 que cela d'important, on fera ensuite pour moi ce qu'on « voudra, je ne demande rien, je suis acquis, moi, je suis
0 à VOUS, monsieur le duc, mais sans Corbière je ne puis n rien, je ne suis bon à rien. » Tout cela laissait entendre que cette association forcée lui était très importune, qu'il serait heureux de la pouvoir secouer, mais que le moment n'en était pas encore venu.
Cependant on touchait à l'ouverture de la session, tout restait en suspens. M. de Richelieu sentait bien qu'on voulait lui faire la loi ; après les supplications qu'on avait employées au mois de février pour lui faire accepter le ministère, après les engagements pris alors avec lui, après les services que le ministère qu'il présidait avait rendus depuis cette époque, il avait de la peine à supporter d'injustes exigences qui l'inquiétaient pour l'avenir. Il se disait que, privé de M. Portai, introduisant à sa place au conseil deux personnes qui étaient clairement les instruments d'un parti, il lui était impossible de prévoir jusqu'où on aurait la prétention de le conduire sur les affaires générales. Il ne pourrait dans le conseil compter que sur mon concours. M. de Serre avait une santé tellement chancelante qu'on ne pouvait en espérer une assistance suivie, M. Roy ne s'occupait que des finances, M. de Latour-Maubourg n'avait pas trop de toutes les facultés de son esprit pour porter le poids si lourd du ministère de la guerre, l'âge de M. Siméon et son indolence naturelle ne permettaient pas de trouver en lui un secours aussi puissant que les années précédentes.
Les perplexités du duc de Richelieu étaient grandes, il ne pouvait se résoudre à se séparer de M. Portai pour prendre de nouveaux collaborateurs; les dangers d'une telle décision lui apparaissaient si clairement qu'il avait uni par y renoncer et que pendant trois ou quatre jours les négociations furent rompues, a II faudra voir, disait-il, si « une Assemblée dont la majorité est royaliste voudra, « pour satisfaire quelques intérêts, quelques ambitions pri- « vées, se refuser aux propositions raisonnables qui lui « seront faites par le gouvernement royal, par un minis-