NÉGOCIATIONS AVEC LE PARTI ROYALISTE
« 1ère qui, depuis neuf mois, a rendu à la royauté de si im- « portants services, si elle offrira à la France et à l'Europe « le spectacle d'un si dangereux scandale. » Sa résolution une fois connue, fit faire d'utiles réflexions aux hommes qui avaient le plus d'influence sur MM. de Villèle et Corbière. Ce fut alors que M. de Chateaubriand se mit en avant. Il fit dire au duc de Richelieu qu'il avait un vif désir d'arranger les affaires. On avait, dit-il, trop demandé, cela ne se pouvait nier, mais aussi le duc, de son côté, refusait trop obstinément une chose dont M. de Villèle lui-même ne pouvait plus se départir sans déshonneur, c'était l'entrée de M. de Corbière au conseil. Sacrifier sur ce point les intérêts de son ami et de son parti, ce serait par trop évidemment n'écouter que le sien propre. Que fallait-il donc faire? Établir une compensation, prendre M. de Corbière avec M. de Villèle, mais garder M. Portai à la marine. Il était impossible qu'aucun homme sensé s'élevât contre une augmentation dans le nombre des ministres lorsqu'elle était si bien motivée par la multiplicité des affaires et la nécessité de faire face dans les Chambres à toutes les discussions. Ce plan séduisit M. de Richelieu, parce qu'il lui laissait l'assistance de M. Portai. Il convenait également à MM. de Villèle et Corbière, et avait sans doute été concerté avec eux. Mais la création des deux portefeuilles n'était pas aussi aisée que l'avait supposé M. de Chateaubriand. On faisait bien la part de M. Corbière avec l'instruction publique et les cultes, qu'on ôtait au ministère de l'intérieur, mais celle de M. de Villèle était infiniment plus difficile à trouver. On pensa à séparer le personnel de la guerre de l'administration du matériel, ainsi que cela s'était pratiqué sous le gouvernement impérial, mais c'était une opération délicate qui pouvait même n'être pas sans péril, dans un moment surtout où on était au plus fort du travail de la nouvelle organisation de l'armée. M. de Villèle ne se souciait nullement, d'ailleurs, d'accepter pour son début un
des plus lourds fardeaux de radministratioa et de se placer là où il y avait peut-être le plus d'abus à détruire. On songea encore à séparer T administration du Trésor de celle des finances, c'était peut-ôtre de toutes les combinaisons la plus facile à réaliser; mais M. Roy était peu maniable, tenait beaucoup à l'ensemble de son administration, la conduisait bien, avait du crédit dans les Chambres; dans six mois on aurait un emprunt considérable à réaliser. Il semblait donc assez sage de lui en laisser le soin et la resresponsabilité. M. de Villèle lui-même eut bientôt reconnu ces difficultés et prit alors un parti qui lui concilia l'estime du duc de Richelieu. Il lui proposa de laisser tous les ministères comme ils étaient, de le nommer ainsi que M. de Corbière ministre secrétaire d'État sans portefeuille, avec entrée au conseil. M. de Corbière aurait, outre ce titre, la présidence du conseil royal de l'instruction publique ; quant à lui, il ne voulait aucun traitement, du moment où il n'aurait aucune part active dans l'administration. Quoi qu'on pût lui dire, il fut impossible de vaincre sa répugnance. Cette preuve de désintéressement était bien faite pour plaire au duc de Richelieu. Il en fut très touché.
Pour compléter l'organisation nouvelle, le duc de Richelieu fit entrer M. Laine dans le conseil; il fut impossible à ces messieurs de se refuser à cette adjonction, quoiqu'elle leur fût peu agréable.
Il fallut ensuite récompenser M. de Chateaubriand des services qu'il prétendait avoir rendus. Ses amis disaient que c'était une admirable occasion pour le sortir de sa fausse situation et le faire rentrer en grâce auprès du Roi; il avait été bien utile au moment de la Restauration et pouvait rendre les plus importants services, enfin on ne pouvait nier la grande influence qu'il exerçait sur une foule de royalistes. Ce que le ministère ferait en sa faveur serait le meilleur moyen de gagner leur confiance. Il y avait beau-