‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier PasquierChapitre 32 sur 275 · RÉDACTION DE L'ADRESSE · texte numérisé non relu

RÉDACTION DE L'ADRESSE

cœur et rintelligonce restaient intacts et qui venait, avant de quitter la vie, demander à ses sujets un peu de calme et de repos après les rudes épreuves qu'il avait subies.

En recommandant la patience et la modération, en disant que tout annonçait que les modifications apportées au système électoral produiraient les avantages qu'il s'en était promis, le Roi exprimait Tespérance que cette session achèverait « l'ouvrage heureusement commencé par la session dernière » . Gela donnait bien nettement à entendre que la marche adoptée depuis neuf mois serait persévéramment suivie. En général, l'effet de la séance fut bon.

La formation des bureaux montra ce qu'on savait déjà, que la droite réunie au centre formait les deux tiers de la Chambre. La rédaction de l'adresse fit naître les premières difficultés. Deux projets se trouvaient en présence, l'un, rédigé par M. de Yaublanc, témoignait une certaine hostilité contre le ministère; l'autre, tout à fait favorable au gouvernement, était l'œuvre de M. Ravez. Le premier était appuyé par M. de La Bourdonnaye et les plus exaltés du parti royaliste ; la discussion fut vive dans la commission, et il fut bien près de réunir la majorité. Nous allions voir jusqu'à quel point était sincère l'adhésion de MM. de Villèle et de Corbière à notre politique. Il n'y avait aucun doute que s'ils voulaient bien, dans le cas où la rédaction Yaublanc passerait à la commission, se prononcer franchement contre elle et l'attaquer à la tribune, elle serait rejetée à une grande majorité. Alors M. de La Bourdonnaye se serait trouvé complètement isolé et son parti, déjà peu considérable, aurait perdu tout crédit. C'était la demande qui leur fut faite, il leur était difficile de repousser leurs

des députés, le jour de l'ouTerture de la session. Si cette cérémonie n'ayait pas lieu dans le palais du Roi, elle aurait dû s'accomplir dans la Chambre des pairs, mais elle était beaucoup trop petite. Le Louvre attenant à la demeure royale, parut sous tous les rapports le lieu indiqué pour une pareille cérémonie.

nouveaux collègues du cabinet; tout annonçait donc qu'ils allaient s'engager dans cette voie, lorsque la scène changea tout à coup. Rien au fond ne leur répugnait davantage que la nécessité de marquer une scission dans le parti royaliste. Ils craignaient d'en voir sortir la diminution de leur importance ; pour la conserver tout entière il fallait éviter une rupture définitive, il fallait que le gouvernement eût toujours besoin de leur concours. Au fond, ils redoutaient peu l'influence de M. de La Bourdonnaye et de ses quelques amis.

Ils résolurent de tout faire pour empêcher une rupture. Ils se présentèrent devant la commission, qui n'hésita pas à les recevoir. C'était une condescendance toute particulière pour eux, car jamais aucun ministre n'avait obtenu ni prétendu obtenir une telle faveur. Mais ils étaient bien plus les chefs de la majorité royaliste qu'ils n'étaient en réalité ministres du Roi. Une fois admis, ils s'efforcèrent de faire sentir aux membres de la commission à quelle extrémité on allait les réduire. Leur premier acte après leur entrée dans le gouvernement serait un acte d'hostilité contre une partie de leurs anciens amis, il n'y avait aucun doute que la victoire dût leur rester, mais à quel prix? En les engageant eux-mêmes plus qu'ils ne voulaient. Ils firent enfin tant d'efiforts, prièrent et conjurèrent avec tant de chaleur qu'ils l'emportèrent; l'adresse de M. Ravez fut adoptée. Peu d'instants après, on les vit reparaître dans la Chambre avec la satisfaction peinte sur le visage, comme des gens qui venaient d'échapper à une cruelle nécessité et de se sauver d'un imminent danger. L'adresse fut acceptée par une grande majorité et fut présentée au Roi le !•' janvier.

Nous n'avions aucune illusion à nous faire, il était évident que la présence de MM. de Villèle et de Corbière dans le conseil n'était considérée par eux que comme une situation transitoire, ne devant influer que légèrement sur leur

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