‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier PasquierChapitre 36 sur 275 · LOI SUR LES DOUZIÈMES PROVISOIRES · texte numérisé non relu

LOI SUR LES DOUZIÈMES PROVISOIRES

rain et pour essayer l'impression que produirait sur la Chambre son éloquence tant annoncée. Il ne manqua pas, eo effet, de gens dans le côté droit pour admirer sa belle voix, son attitude théâtrale, ses gestes d'un tragédien de province et quelques phrases assez ronflantes, évidemment apprises par cœur, pour se donner l'air de l'improvisation.

La loi sur les six douzièmes fut votée à une grande majorité; il n'y eut que soixante-neuf boules noires. Les travaux de la Chambre continuèrent sans grand éclat. Nous devions tenir compte de certains signes nous donnant à penser qu'il y avait accord entre la gauche et une partie de l'extrême droite, à la tète de laquelle marchait M. de La Bourdonnaye. Ses amis et lui étaient toujours nommés membres des commissions les plu» importantes. Dès son entrée dans la Chambre des députés en 1815, M. de La Bourdonnaye s'était fait remarquer par l'exagération de ses sentiments politiques; d'un tempérament maladif, impressionnable, excessif, placé dès les premiers jours à l'extrême droite, il a eu du moins le mérite de ne jamais changer, de rester toujours le plus exagéré et le plus violent de son parti. Il croyait bien recueillir le fruit de sa persévérance et avait été profondément froissé qu'on n'eût pas pensé à lui dans les dernières combinaisons ministérielles, qu'on lui eût préféré MM. de Villèle et de Corbière. Il ne leur pardonnait pas d'avoir été l'occasion de cette prétendue injure et les tenait pour cjb fait tout aussi coupables que le duc de Richelieu et les autres ministres. Sa résolution était bien arrêtée de faire sentir aux uns et aux autres le poids de sa colère, mais il lui fallait des auxiliaires plus nombreux que ceux dont il pouvait alors disposer. C'est à en augmenter le nombre que nous le verrons travailler dans tout le cours de cette session. Le ministère, de son côté, veillait soigneusement à lui rendre les recrues difficiles et faisait tout pour satisfaire les roya-

listes. Il avait saisi roccasion qui s'était présentée de faire deux nominations qui devaient leur être agréables. La place de directeur général des impôts indirects était restée vacante depuis le jour où elle avait été retirée à M. de Barante, celle de directeur général de l'enregistrement l'était devenue par la mort de M. Barrairon. Le ministre des Gnances, ceci touche à une question de haute administration qui mérite de fixer quelques moments notre attention, inclinait beaucoup à profiter de l'occasion pour remplacer ces deux directeurs généraux par des administrations collectives, composées chacune de cinq ou sept administrateurs, dont les délibérations prises en commun décideraient de tout ce que réglait auparavant la seule volonté des directeurs généraux. Ce système lui plaisait parce qu'il y voyait l'avantage de mieux établir sur toutes les parties de l'administration la puissance et l'action ministérielles. Ce côté de la question était de nature à séduire M. Roy, il avait émis plusieurs fois dans le conseil l'opinion qu'il y aurait tout à gagner à la suppression des directeurs généraux. Il était resté à peu près seul de son avis; nous ne contestions pas qu'il ne fût aisé de relever dans les directeurs généraux des inconvénients, mais il ne fallait pas oublier ceux, infiniment plus graves, qu'avaient eus les administrations collectives dont l'existence, presque toujours accompagnée des plus grandes malversations, avait entraîné de très graves abus. Au temps passé, ces administrations avaient été une conséquence naturelle du systèmes des fermes et régies collectives, dans lesquelles il fallait bien que chacun des intéressés eût voix délibérative; mais lorsqu'on n'avait plus que des régies simples, la convenance et l'intérêt du gouvernement et de l'État devaient seuls être consultés. Or n'était -il pas très utile pour le ministre des finances d'avoir au-dessous de lui ou à ses côtés des hommes importants, nécessairement pris parmi les plus habiles? Ces hommes ne lui offraient-ils pas, à lui

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