LES DIRECTIONS FINANCIÈRES
qui ne pouvait tout voir par ses yeux, une garantie supérieure à celle qu'il trouverait dans une administration composée d'hommes dont la responsabilité personnelle disparaîtrait dans une responsabilité collective? Dans Tordre politique, avec un gouvernement représentatif, le ministre a besoin d'hommes capables de le défendre et de faire valoir les actes de son administration devant les Chambres 9 en s'associant à sa responsabilité; quel est le ministre qui pourrait se flatter de suffire seul à une telle tâche et d'avoir toujours présent à la pensée tout ce qu'il est nécessaire de répondre à tant d'objections dont il est journellement assailli? M. Roy fut obligé de céder à notre opposition unanime. Nous fûmes tous d'accord pour proposer au Roi deux hommes dont les titres et l'expérience justifiaient le choix et auxquels les royalistes ne pouvaient refuser leur confiance. L'un était M. de Chabrol, député et conseiller d'État, ancien préfet de Lyon et sous-secrétaire d'État au ministère de l'intérieur sous M. Laine. Resté sans fonctions sous le ministère DessoUe et Decazes, son retour dans les affaires ne pouvait qu'être très agréable au côté droit et surtout à Monsieur, qui lui avait toujours accordé une grande part dans sa confiance. Il fut nommé directeur général de l'enregistrement par ordonnance du 23 janvier. La direction des impôts indirects fut donnée le même jour à M. Benoist, membre, comme lui, de la Chambre des députés, déjà réintégré à la suite de la dernière session dans le Conseil d'État, dont il avait été exclu par M. Decazes. U était donc agréable au côté droit, tout en étant un homme modéré. Chef d'une division au ministère de l'intérieur pendant quinze ans, on ne pouvait révoquer en doute ses connaissances et sa capacité. Il parlait facilement à la tribune, avantage important pour le chef d'une administration toujours fort attaquée.
Après tant de preuves données à la droite de notre désir de la satisfaire, allions-nous donc marcher avec confiance
dans la ligne que nous nous étions tracée ? Nos illusions ne durèrent pas longtemps.
Le 27 janvier, vers quatre heures après raidi, une forte explosion se fit entendre dans l'intérieur du château des Tuileries et y causa un effroi qui se répandit bientôt dans toute la capitale. Cette explosion venait d'un baril de poudre d'environ six livres, placé entre la muraille et un coffre à bois sur le palier d'un escalier dérobé, attenant aux appartements intérieurs du Roi et de Madame. Cet escalier avait son issue sous la galerie couverte longeant le long du jardin dans le milieu du château. L'entrée en était fort étroite et spécialement gardée par un portier, qui de sa loge vitrée surveillait aisément tout ce qui entrait. A la vérité on pouvait aussi s'y introduire par les corridors de la partie supérieure du château, mais alors il fallait traverser les grands escaliers et passer devant les sentinelles et les gardiens du palais. L'audace de celui ou de ceux qui avaient osé pénétrer jusque dans ce lieu pour y placer un paquet d'aussi gros volume, allumer une mèche dont la longueur avait dû être assez grande pour leur donner le temps de se retirer, était vraiment surprenante.
Il était difficile d'admettre qu'une seule personne eût pris part à l'entreprise, il devait y avoir au moins un complice ayant fait le guet, tandis que l'autre exécutait le coup. Ce n'était donc plus comme lors du pétard de Gravier, allumé pendant la nuit sous l'un des guichets du Carrousel, une entreprise mal concertée et timidement exécutée par une personne voulant inquiéter ou effrayer plutôt qu'elle ne veut décidément commettre un crime; ici tout semblait démontrer que d'audacieux scélérats avaient voulu attenter aux jours du Roi et des membres de la famille royale. Les dégâts, sans être fort considérables, étaient cependant effrayants à voir. Plusieurs portes et fenêtres donnant sur l'escalier avaient été arrachées de leurs ferrements, tous les carreaux avaient été brisés. Cela s'était passé à trente