‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier PasquierChapitre 38 sur 275 · ATTENTAT CONTRFC LA FAMILLE ROYALE · texte numérisé non relu

ATTENTAT CONTRFC LA FAMILLE ROYALE

pas au plus du cabinet où se tenait le Roi, vieillard impotent, ne pouvant sans aide se soulever de son fauteuil, et auquel toute émotion pouvait causer une redoutable secousse. Le cabinet de Madame était encore plus voisin du lieu de l'explosion ; le sang-froid du Roi et de la princesse fut admirable. Ils ne furent occupés qu'à rassurer tous ceux qui les entouraient. Les recherches commencèrent à l'instant même, dirigées par le préfet de police, le procureur général et le procureur du Roi. Ils visitaient les lieux, recevaient les dépositions, interrogeaient jusqu'au moindre employé du château, ils ne trouvèrent pas d'autre indice que les débris du baril de poudre.

Le gouvernement se trouvait dans une position difficile, il lui fallait, avec tout le zèle et l'activité, possible, continuer l'enquête, ne rien négliger pour arriver à trouver les coupables, il fallait aussi rassurer l'opinion publique et empêcher qu'en Europe on exagérât les conséquences d'une aussi audacieuse tentative. Nous résolûmes de donner par un message, adressé aux Chambres, une communication officielle de tous les faits, de tous les détails parvenus jusqu'alors à notre connaissance.

La Chambre des pairs chargea une grande députation de porter au Roi l'expression de ses sentiments et confia à son président le soin et l'honneur de lui servir d'organe. A la Chambre des députés, les choses se passèrent moins simplement. Après de nombreux cris de Vive le Roi t vivent les Bourbons t on résolut de faire une adresse à Sa Majesté. Une commission de rédaction fut nommée; on devait croire qu'elle serait en état de présenter son travail le lendemain, mais il n'en fut pas ainsi; on l'attendit e*n vain, c'était regrettable, car déjà au début delà séance, on avait lu une pétition pour la création d'une garde d'honneur chargée de veiller à la sûreté du duc de Bordeaux, à laquelle chaque département concourrait par l'entretien d'un ou de deux cavaliers. La commission des pétitions proposa de passer

à l'ordre du jour. Cet avis allait être adopté sans difficulté^ lorsque le comte de Marcellus demanda que la pétition fût renvoyée au conseil des ministres ; son discours se terminait par ces paroles : « En présence des dangers qui mena- « cent la famille royale, que la justice et la fidélité soient « enfin appelées à la défense du trône légitime », ce qui voulait dire « que les rênes du pouvoir soient enfin exclu- « sivement confiées à des hommes de notre parti ». C'était maladroit; en voulant attaquer le ministère, M. de Marcellus semblait mettre en doute la fidélité des gardes du corps ; ses amis eux-mêmes en furent irrités.

M. Casimir Périer voulut faire sentir Tinconvenance du retard apporté par la commission. « La sagesse du mes- « sage qui avait instruit la Chambre du déplorable événe- « ment de l'avant-veille aurait dû suffire pour indiquer à la « commission la conduite qu'elle avait à tenir. Il ne devait « pas être question d'une adresse politique, il s'agissait « seulement d'un message d'hommage. Comment se pou- « vait-il donc que la commission eût pris sur elle de retar- « der l'expression des sentiments de la Chambre pour s'ar- « rôter à des difficultés qui ne pouvaient avoir d'autre objet tt que des discussions grammaticales? » M. Casimir Périer demandait que la Chambre des députés, imitant l'exemple de la Chambre des pairs, nommât sans attendre plus longtemps sa grande députation, chargée de porter au pied du trône l'hommage de son respect et de sa douleur i

M. de La Bourdonnaye répondit qu'il « ne voyait aucun « inconvénient à témoigner dans l'adresse le peu de con- « fiance de la Chambre dans le ministère, car on peut être « fondé à croire que c'est la faute de Fadministration s'il se « commet de nouveaux attentats contre le souverain et « contre la France. Je trouve assez étrange qu'une adresse « émanée de la Chambre ait été communiquée aux minis- « ti'es avant d'avoir été soumise à ses délibérations. » L'orateur fut interrompu par une grande partie des dépu-

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