DISCUSSION SUR LA COCARDE TRICOLORE
.La phrase du général, évidemment dirigée contre les émigrés qui avaient servi dans les troupes étrangères » .avait été interrompue par les plus violents murmures du côté droit, on lui avait crié de ce côté : « Ceux-là ont « servi le Roi! » J'essayai de répondre et de calmer l'orage, mais le général Foy s'élança à la tribune. « Il « s'agit, dit-il, de la solde gagnée sur le champ de bataille « par des militaires qui, par ordre du chef du gouvernece ment, ont combattu avec nbus, à nos côtés. Les boulets « anglais ne regardaient pas s'ils avaient la cocarde rouge « ou la glorieuse cocarde tricolore. » Des murmures l'interrompirent, a Oui, Messieurs, la glorieuse^ à jamais glorieuse cocarde tricolore / » « A Tordre I à l'ordre ! » cria-t-on de presque tous les bancs où siégeait la majorité. M. Dudon répliqua : « La qualité de député ne suppose pas la con- <c naissance de toutes les lois ; vous venez. Messieurs, d'en « avoir une preuve bien déplorable, puisque devant vous (( on a qualifié de glorieux un signe qu'une loi de l'Ëtat c< proscrit et déclare séditieux. » Ici plusieurs membres du côté droit l'interrompirent par des cris de « Vive le dra- « peau blanc t » En même temps on demandait à gauche son rappel à l'ordre. « Nous ne repoussons pas, poursuite vit-il, le souvenir des exploits militaires qui ont illustré €< les armées françaises lorsque leurs drapeaux portaient « ces couleurs, mais nous croyons que lorsque, sans dési- « gnation d'aucun fait, on vient qualifier de glorieux un ce signe que les lois qualifient de signe de rébellion, il y a « oubli de toutes les convenances; prononcée ailleurs, « cette qualiûcation pourrait provoquer contre celui qui « l'aurait proférée toute l'animadversion des lois. » — « Oui, oui, cela est vrai! » s'écria-tron de la droite. En même temps le général Tarayre demandait la parole pour motiver le rappel à l'ordre contre M. Dudon. « La cocarde « tricolore, s'écria-t-il, ne peut pas exister dans ce moct ment, on le sait bien, mais elle est un monument éternel
« qui attestera à la postérité la gloire des armées fran- « çaises, un monument de ce que nous avons fait pendant « vingt-cinq ans. » — « Et au 20 mars! et au 21 janvier! » lui répondirent une foule de voix.
Le président s'efforça alors de rétablir un peu de calme en rappelant à la Chambre que toutes les interruptions étaient défendues. Puis il interpella le général Tarayre, lui demandant s'il persistait dans la demande de rappel à l'ordre contre M. Dudon. « Non, répondit-il, mais je « m'oppose à celui demandé contre le général Foy. » Prenant aussitôt la parole pour motiver cette opposition : a Je « viens, dit-il, défendre la cocarde tricolore que l'orateur « qui descend de cette tribune a attaquée avec une irrévé- « rence insultante pour ceux qui l'ont portée. Je ne la « défends pas comme un signe existant, mais comme un
c< monument de gloire Cette cocarde nous est chère,
« comme elle l'est à toute la France. Quel intérêt a-t-on « donc à l'avilir aujourd'hui? La nation a sacrifié ce signe « chéri à son Roi légitime, il n'existe pour nous que dans « nos souvenirs, qu'on cesse d'en dire du mal! » Puis, en finissant, il renouvela sa demande de rappel à l'ordre contre M. Dudon. Ce court discours mérite d'être remarqué, parce qu'il était l'expression vraie de l'attachement impérissable que gardaient les vieux soldats pour le signe sous lequel ils avaient longtemps combattu, souvent triomphé et beaucoup souffert. A quelque opinion qu'on appartienne, il faut savoir honorer ce qui est honorable et respecter les plus nobles sentiments du cœur humain.
M. Dudon ne fut pas heureusement inspiré quand il répondit : « Il n'est certainement plus possible de pro- « poser à la fidèle garde royale de prendre le même signe « que portait l'escorte de Bonaparte. » — « Qui a dit cela? « s'écria le général Foy. Je n'ai parlé de la cocarde trico- « lore que dans une époque historique, depuis 1793 jus- « qu'en 1814. Cependant le préopinant a donné à entendre