DISCUSSION SUR LA COCARDE TRICOLORE
« que j'avais engagé la garde royale à prendre cette a cocarde. C'est une calomnie, Messieurs, c'est un nou- « veau pétard lancé dans l'Assemblée. La cocarde trico- « lore fut établie par l'Assemblée constituante, elle se rat- « tache au plus grand développement de l'esprit humain, « à la plus grande gloire militaire, à la régénération « entière de l'ordre social, mais elle a cessé d'être la « cocarde légale. Un arrêté du gouvernement provisoire « de 1814, que le Roi a reconnu puisqu'il ne Ta pas annulé, « nous a rendu la cocarde blanche; celle-là est donc « désormais la cocarde du devoir; mais s'il arrivait que « des considérations de haute politique, de haute sagesse « qui peuvent bien ne pas échapper à l'auteur de la « Charte, le déterminassent un jour à revenir aux cou- « leurs du temps de la gloire nationale, assurément, Mes- « sieurs, ce ne seraient pas les ombres de Philippece Auguste et de Henri IV qui s'indigneraient dans leurs « tombeaux, de voir les fleurs de lys de Bouvines et d'Ivry « placées sur les drapeaux d'Austerlîtz. »
Ce mouvement oratoire fit éclater des bravos enthousiastes du côté gauche. Après les discours de MM. de Castelbajac et Manuel invoquant tour à tour les souvenirs de la Révolution, de la Saint-Barthélémy et des dragonnades, M. de Serre prit la parole : « Des incidents graves se sont « élevés, dit-il, à l'occasion de la question principale, je « ne puis les passer sous silence. Je les traiterai sans « aucune espèce de passion. Je crois que le préopinant et « un autre orateur qui s'est expliqué dans le même sens, « ont complètement dénaturé l'état de la question. Il ne « s'agissait pas, en efFet, de savoir si on voulait flétrir tel « ou tel signe, mais il s'agissait de savoir si aujourd'hui a que nous avons repris les couleurs de la monarchie « légitime, que nous voyons flotter l'ancien pavillon France çais (loin de moi d'attaquer les intentions), si c'est ce dans une tendance, dans un effet utile à la monarchie
« légitime, conforme à la loyauté que nous lui devons, « que l'on peut affecter de reproduire, de relever avec des « éloges, quelquefois vrais, souvent mensongers, ces cou- « leurs qui, si elles étaient arborées aujourd'hui, ne pour- « raient plus être que les couleurs de la révolte et de la « guerre civile. Se conduire ainsi, c'est imprudence! s'il y « a affectation, c'est une affectation dont, dans notre con- « science, il nous est permis à tous de soupçonner l'intention, « c'est un acte coupable ; c'est vouloir s'armer du passé pour « combattre le présent, et détruire l'avenir pour l'arracher a à la monarchie légitime, pour l'arracher aux Bourbons. « Oui, sans doute, sous ces couleurs une gloire militaire <f immense a été moissonnée, mais les Français ont-ils donc « jamais combattu sans gloire? Ces couleurs, ajoutez-vous, « sont les couleurs de la liberté ; mensonge , Messieurs 1 « Depuis qu'elles eurent été arborées, depuis que sous leur « influence le trône légitime eut été renversé et ses débris (( couverts du sang du monarque, des tyrannies plus « insupportables les unes que les autres ont tour à tour « désolé la France. C'est à dater de la Restauration, c'est « avec le drapeau blanc de nos anciens rois que la liberté « a reparu en France. »
La clôture fut prononcée et l'ordre du jour voté, la discussion avait donc été favorable au gouvernement. En dehors de la Chambre, en France et surtout à l'étranger, ce qui frappa les esprits, ce fut cette nouvelle glorification de la cocarde tricolore. L'épithète de glorietise^ d'éternellement glorieuse qui lui avait été donnée, et qui avait été défendue avec tant d'énergie, fut considérée comme une preuve de la volonté bien arrêtée de la rétablir, et un appel aux ennemis de la maison de Bourbon. Tout n'était pas fini, d'ailleurs, et la discussion reprit une nouvelle vivacité à propos de la pétition du sieur Alix, colonel d'état-major, qui demandait qu'on rapportât les deux lois d'exception sur la liberté individuelle et sur la liberté de