CIRCULAIRE DU CABINET ANGLAIS
avaient jugé à propos de s'arroger, relativement aux mesures à prendre contre les États dont les changements politiques intérieurs menaçaient toutes les constitutions et tous les gouvernements légitimes. Ce droit, disait la circulaire, n'était autre que celui sur lequel s'était formée en 1813 la grande alliance contre la Révolution française.
Si les souverains avaient invité le roi de Naples à se rendre à Laybach, et à y paraître en qualité de médiateur entre les puissances et son peuple égaré, tout était régulier; les souverains ayant résolu de ne reconnaître aucun gouvernement fondé sur la révolte, il était évident qu'ils ne pouvaient conférer qu'avec le roi en personne. La France et l'Angleterre avaient été invitées à prendre part à cette démarche, parce que le principe sur lequel se fondait cette invitation était en parfaite harmonie avec les traités qu'elles avaient signés. Lord Gastlereagh ne pouvait manquer d'être interrogé dans le Parlement sur la réponse qu'il avait faite à cette circulaire ; il n'hésita pas à aller audevant de la difficulté, et adressa de son côté une circulaire à tous les ministres anglais près les cours étrangères. Elle contenait un refus positif de prendre part aux mesures adoptées à Troppau; le droit public reconnu en Europe n'autorisait aucune des puissances alliées à s'arroger les pouvoirs extraordinaires que l'on avait réclamés. Ces pouvoirs n'allaient à rien moins qu'à établir , au profit de ceux qui se les attribuaient, une suprématie incompatible avec les droits des autres États. Lord Castlereagh ne contestait en aucune manière le droit appartenant à tout État d'interv^enir, lorsque sa sûreté immédiate et ses intérêts essentiels étaient compromis par les transactions particulières d'un autre État. Seulement l'usage de ce droit devait être justifié par la nécessité la plus absolue ; alors il n'était plus qu'une application de celui dont chacun est investi par la nature des choses du moment où il s'agit de sa défense personnelle. Ainsi s'explique l'attitude que le
cabinet anglais avait imposée à ses agents. Comme il tenait beaucoup à ce que cette attitude ne fût abandonnée en aucune occasion, et comme il avait peu de confiance dans le caractère de son ambassadeur ordinaire» lord Stewart, il lui avait adjoint le premier secrétaire de l'ambassade anglaise à Vienne, sir Robert Gordon. Ainsi le cabinet anglais eut deux plénipotentiaires dans un congrès où il était résolu à rester en dehors de tout ce qu'on pourrait décider.
La situation du cabinet français était certainement la plus délicate et la plus compliquée. On a déjà vu à quelle Chambre des députés il avait affaire, comment et avec quelle passion les intérêts de la révolution de Naples s'y trouvaient représentés. C'était avec cette passion si vive, si remuante, si agissante, soutenue par les encouragements que lui donnait le langage officiel de l'Angleterre, qu'il fallait compter. Les liens de famille de la maison de France avec celle de Naples et avec celle de l'Espagne nous commandaient de défendre les intérêts de ces deux maisons et de ne rien négliger pour leur épargner les fautes qu'elles pouvaient commettre. Les instructions données par nous recommandaient avec une grande netteté d'éviter tout conflit qui pût servir de prétexte à une intervention armée et de hâter l'ouverture de négociations dont le succès était regardé comme très probable à Vienne. M. de Caraman en convenait dans sa correspondance, l'opinion publique était très prononcée contre les projets de guerre de M. de Metternich, et la haute société ne craignait pas d'exprimer le désir qu'on fit tout pour éviter les hasards d'une expédition militaire; qu'on fût obligé d'en courir les chances, dans le cas où l'on n'aurait aucun autre moyen de se garantir du danger révolutionnaire, cela pouvait s'accorder, mais si on pouvait l'éviter, il fallait tout faire pour un dénouement pacifique. A Naples même on le désirait.