INSTRUCTIONS A NOS AMBASSADEURS
La manière dont avait été accueillie dans toute l'étendue du royaume la déclaration publiée peu de jours auparavant par Sa Majesté, que l'immense majorité de la nation désavouait les folles déclarations du parlement, qu'elle irait audevant des demandes qui lui seraient faites, le prouvait clairement. Les dispositions des généraux et par conséquent de l'armée n'étaient pas douteuses, chaque jour en apportait la confirmation.
Il y aurait sans doute des concessions à faire, la nécessité d'accorder des institutions nouvelles était reconnue par tous, on l'avait même dit au congrès de Troppau. L'empereur Alexandre s'était prononcé dans ce sens. Quelles que fussent celles qu'on jugerait à propos de donner au royaume de Naples, elles y prendraient racine bien plus aisément, si elles étaient le résultat d'une négociation qui rallierait l'immense majorité des sujets, que si elles étaient offertes à la nation sur la pointe des baïonnettes.
Si le parti de la guerre venait à prévaloir, la France désirait, après l'avoir combattu avec toutes les armes de la raison, qu'on sût qu'elle laisserait l'Autriche pourvoir seule aux nécessités de sa défense, qu'elle ne voulait en rien partager la compromission d'une entreprise qu'elle regardait comme téméraire et inutile. Elle s'abstiendrait donc et garderait la même attitude que l'Angleterre, se réservant, le moment venu, d'offrir son concours pour le rétablissement et la consolidation de l'ordre public et de la paix. Quant à l'occupation militaire du royaume de Naples, qui était sans nul doute dans les intentions de M. de Metternich, le cabinet français ne pouvait y donner son consentement qu'autant qu'il serait précédé de celui des Napolitains eux-mêmes; dans aucun cas elle ne pourrait ni la proposer ni en appuyer la proposition.
Tel était le sens dans lequel avaient été rédigées les instructions que reçurent chacun de leur côté, avant même d'arriver à Laybach, MM. de Blacas, de Caraman et de La
Ferronnays. Il leur était de plus recommandé de main^ tenir le roi de Naples dans la résolution de ne publier aucune déclaration, aucun acte qui pût le faire accuser de duplicité, de lui persuader par conséquent de ne formuler aucune protestation secrète. MM. de Garaman et de La Ferronnays avaient précédé de quelques jours M. de Blacas à Laybach; les impressions qu'ils avaient recueillies autour d'eux leur faisaient craindre que les instructions qui leur étaient envoyées ne fussent trop absolues. Us regardaient comme un grand malheur l'isolement où la France se trouverait placé vis-à-vis des trois souverains auxquels s'unirait certainement le roi de Naples. Ils redoutaient l'atteinte portée à notre influence quand viendrait la conclusion définitive des affaires. Ils croyaient trouver une contradiction entre le premier mémoire fourni par nous dans l'affaire de Naples et la conduite qu'on leur prescrivait. Cette contradiction les mettait dans une position fausse, qui deviendrait plus pénible encore lorsqu'il leur faudrait refuser leur signature à des actes qui ne paraîtraient cependant qu'une conséquence du premier mémoire de la France. Us n'eurent pas de peine à faire partager leur manière de voir à M. de Blacas quand il arriva près d'eux, tous les trois écrivirent dans ce sens à Paris.
Lorsque leurs lettres arrivèrent, c'était le 4 janvier, elles produisirent une vive impression sur l'esprit du duc de Richelieu, particulièrement celle de M. de La Ferronnays ; il faisait grand cas de son jugement et de son bon esprit. Ce qui l'impressionna davantage, ce fut la contradiction qu'on relevait dans les actes et le langage du gouvernement. Ce reproche, plus qu'aucun autre, devait lui être sensible, il ne me dissimula pas que sa loyauté était révoltée. Il aurait voulu revenir sur les dernières instructions et les modifier dans un sens moins rigoureux. J'étais loin de partager son avis, je me bornai à lui demander vingt-quatre heures pour rédiger une réponse aux affirma-