‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier PasquierChapitre 50 sur 275 · DÉPÊCHE DU 9 JANVIER · texte numérisé non relu

DÉPÊCHE DU 9 JANVIER

lion parfaitement motivée et acceptée par toutes les autres puissances? C'est alors qu'on pourrait l'accuser de ne porter intérêt qu'aux révolutionnaires. Je partageais les idées de M. de Richelieu : c'est d'accord avec lui que fut rédigée une nouvelle dépèche, adressée le 9 janvier à M. de Blacas. Elle contenait, pour lui et ses deux collègues, une importante modification à leurs dernières instructions.

« L'appel des cours italiennes à Laybach donne un tout « autre caractère au congrès et exige que la France s'y « montre sous une attitude différente de celle qu'elle aurait « dû garder sans cette circonstance. La France est généra- « lement comme l'alliée naturelle des États de l'Italie, pour « ainsi dire comme le protecteur de leur indépendance. Sa « position particulière et des succès récents lui donnent a sur ce pays une influence non douteuse. Il faut donc traie vailler dans cette importante conjecture à ce que des « services réels viennent encore resserrer les liens d'affec- « tion qui l'unissent à la France. A cet effet, les plénipo- « tentiaires italiens qui se trouveront à Laybach doivent « trouver en vous d'abord un guide, puis, s'il est nécessaire, « un appui. Il est à souhaiter que vous puissiez les amener « à tenir un langage qui soit autant que possible conforme « au vôtre, cela doit être d'autant plus facile que nous « n'avons sur la marche des affaires d'Italie aucune idée « qui ne se rapporte au bonheur et à la tranquillité des « États qui la composent. C'est donc pour entretenir cette « union intime dont on peut attendre les plus heureux résul- « tats, que nous avons cru nécessaire d'apporter quelques « modifications aux directions qui vous étaient données a par les dernières dépêches. C'est uniquement à l'hypo- « thèse de la guerre et de l'occupation militaire que ces « modifications se rapportent, car sur tout le reste, nous « confirmons, autant que besoin est, tout ce qui vous a déjà a été mandé. Ainsi donc, dans la supposition que tous les

« moyens de conciliation auraient été épuisés et que les hosti- « lités deviendraient inévitables, vous pouvez consentir, 0 si toutes les puissances italiennes le jugeaient utile, à ce « qu'un commissaire du Roi so réunisse à ceux que les « cours d'Autriche, de Prusse et de Russie ont l'intention a de nommer pour régulariser les mouvements de l'armée « autrichienne. Peut-être proposera-t-on, cela semblerait « fort sage, de leur adjoindre des commissaires délégués « par les cours d'Italie. Que si donc l'occupation militaire « a décidément lieu, soit par suite d'un accord avec les « Napolitains, soit comme conséquence de la conquête du « royaume de Naples, et dans tous les cas avec l'assenti- « ment de tous les États d'Italie^ vous êtes autorisé à con- « courir aux actes en vertu desquels cette mesure sera « prise, mais vous ne négligerez rien pour en alléger le « fardeau et pour en abréger la durée. Cette latitude plus « grande vous est donnée parce qu'il ne faut point, dans « l'intérêt de nos relations avec les Ëtats d'Italie, que nous « puissions être exposés à nous séparer d'eux à l'occasion (( des mesures importantes que les circonstances pourraient « les forcer à adopter ; mais vous devez sentir cependant « que plus vous vous rapprocherez de vos premières « instructions, plus vous aurez agi conformément aux « intentions du Roi. Vous ne devez donc jamais perdre « de vue cette première base de votre conduite. Vous « n'avez dans aucun cas à faire connaître aux ministres « des autres cours la teneur de vos instructions et l'étendue « de vos pouvoirs. Vous vous présenterez comme étant « pleinement autorisés à traiter toutes les questions qui « pourront survenir et à concourir à toutes les mesures « qui se rapportent directement aux affaires de Naples. Ce « ne sera que d'après la nature des propositions qui seront « faites et selon que les discussions en offriront l'occasion, « que vous énoncerez ce que vous croirez à propos de « refuser ou d'adopter. Rien n'est plus nuisible au succès

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