INSTRUCTION PARTICULIÈRE A M. DE BLACAS
« d'une négociation que de laisser pénétrer, dès le début, « jusqu'où on peut aller. »
Cette dernière recommandation montre à quel point je me crus obligé de tout prévoir et de me mettre en garde contre Timprudence de M. de Caraman; le souvenir de ses indiscrétions m'y autorisait.
J'avais en même temps adressé une instruction particulière à M. de Blacas, pour le cas où M. de Metternich voudrait remettre sur le tapis le plan d'une confédération italienne. Ce ne pouvait être qu'un moyen d'étendre l'influence autrichienne en Italie. Les plénipotentiaires français étaient prévenus qu'ils devaient s'opposer de toutes leurs forces à la réalisation de cette idée, nulle ne pouvant être plus préjudiciable aux intérêts de la France. Je lui écrivis quelques jours plus tard : « Il est une chose « que les souverains et leurs ministres ne doivent pas « oublier, c'est le danger qu'offrirait pour la tranquillité « intérieure de la France la nécessité de tout mouvement « militaire, s'il avait pour but une guerre dont les opinions « politiques seraient le prétexte. Il ne faut pas se le dissio muler, dans l'état actuel des esprits et avant que le « système que suit le ministère actuel soit consolidé par « le temps, par les mesures qu'il prend pour l'organisation « de l'armée, par les lois qu'il travaille à obtenir, il serait « téméraire de mettre les troupes françaises en contact « avec des troupes chez lesquelles elles retrouveraient des (( sentiments qu'elles ont longtemps partagés. Si ce danger « existe du côté de l'Espagne, croit-on qu'il serait moindre « du côté de l'Allemagne et de l'Italie, où pourraient se « retrouver en présence les uns dos autres d'anciens « compagnons d'armes qui n'ont pas encore oublié leur c( vieille fraternité? Le maintien du repos de la France, « l'affermissement de ses institutions par des lois monar- « chiques, voilà peut-être le plus grand besoin de l'Europe, « voilà ce qui ne doit jamais être mis inutilement en péril. »
J'informai nos plénipotentiaires des plaintes que le gouvernement espagnol avait cru devoir nous transmettre à propos de prétendues menaces faites à l'Espagne, sur la frontière des Pyrénées, par les autorités françaises civiles et militaires; il demandait la cessation des préparatifs hostiles alors qu'il savait parfaitement qu'on n'en faisait aucun. C'était pour nous chercher querelle, pour complaire aux libéraux de France. Ils auraient voulu une irruption de guérillas dans les provinces du Midi. La nécessité de repousser cette irruption aurait alors obligé le gouvernement français à assembler une armée, or, une fois assemblée, ils ne doutaient pas qu'il ne fût possible de l'entraîner dans leurs voies.
Les lettres arrivant de Laybach, datées des 12, 13 et 14 de ce mois, ne nous laissaient aucun doute sur les résolulions qui y seraient prises et les idées qui y dominaient. Le roi de Prusse renonçait à paraître en personne au congrès et se faisait, comme les autres souverains absents, représenter par des plénipotentiaires. Les empereurs d'Autriche et de Russie se trouvaient donc seuls en présence l'un de l'autre. L'empereur Alexandre, plus que jamais entrainé par la confiance que lui avait inspirée l'empereur d'Autriche et par les habiles manœuvres de M. de Metternich, admettait l'idée d'une expédition militaire sur Naples comme le seul moyen d'en finir. Il y joignait un projet de constitution donné par le roi de Naples à ses sujets.
Si le czar se laissait aller de plus en plus aux prétentions du cabinet autrichien, ce n'était pas qu'il manquât de conseillers éclairés et dignes de sa confiance. Outre M. de Ncsselrode et M. de Capo d'Istria qui l'avaient accompagné à Troppau, il avait encore appelé son ambassadeur à Paris, M. de Pozzo dî Borgo. Nul n'avait plus que lui donné des preuves de dévouement à la maison de Bourbon, nul plus que lui n'avait désiré maintenir l'union de cette maison