‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier PasquierChapitre 53 sur 275 · LES INTENTIONS DE L'AUTRICHE · texte numérisé non relu

LES INTENTIONS DE L'AUTRICHE

il n'y avait point encore de conférences officielles : la première réunion avait eu lieu le 18 janvier. On avait assez facilement pu se dispenser d'appeler aux réunions provisoires les plénipotentiaires italiens à mesure qu'ils arrivaient. Mais alors même que les pourparlers officiels commencèrent, on crut pouvoir encore se dispenser de les admettre, sous prétexte qu'on ne devait leur ouvrir les portes du congrès que lorsqu'ils seraient tous arrivés. On se bornait pour chacun des nouveaux arrivants à causer avec lui, à le sonder, à le préparer. On se procurait tous les renseignements dont on pouvait avoir besoin, on gagnait du temps ; enfin on opéra si bien qu'ils ne furent admis que le 26 janvier, quand tout était réellement convenu et arrêté.

La correspondance de M. de La Ferronnays ne nous laissait rien ignorer des intentions qu'il avait pu démêler dès les premières séances. L'Autriche voulait à toute force occuper le royaume de Naples; elle voulait que cette occupation eût lieu le plus promptement possible ; elle consentait bien à ce que le roi de Naples, comme médiateur, écrivît à son fils, pour lui faire connaître l'intention des puissances alliées de ne pas souffrir à Naples le maintien de ce qui avait été édifié par la révolte, mais elle n'entendait pas que cette démarche retardât l'expédition et elle renvoyait au moment où cette expédition serait terminée

« contre tous et vous contre nous, mais ce n'est pas de cela qu'il s'agit « présentement. Tous les États de l'Europe renferment des révolu- « tionnaires qui les menacent d'une destruction totale : ce sont là nos « plus prochains ennemis, ceux qu'il faut d'abord songer à abattre.

< C'est lÀ le grand intérêt du moment, celui qui doit dominer et faire

< disparaître tous les autres. Ayant de songer à exécuter nos projets « particuliers, il faut songer à vivre, et nous ne le pouvons qu'en nous

< réunissant contre une attaque qui nous est commune à tous tant que c nous sommes. » Cette manière de considérer la situation générale pouvait sans doute se soutenir, mais il n'aurait pas fallu que M. de Metternich prétendit à en commencer l'application dans une circonstance où les intérêts particuliers de l'Autriche étaient évidemment beaucoup plus en jeu que les intérêts généraux.

le soin de pourvoir au gouvernement du royaume dans les formes les plus convenables. Elle entendait même que ces formes n'eussent aucun caractère constitutionnel, attendu le mauvais exemple dont cela pourrait être pour le reste de l'Italie. En résumé, la médiation du roi de Naples n'était admise par le cabinet autrichien que comme un moyen d'amener les sujets aune soumission absolue, et nullement comme une voie ouverte pour établir des conditions réciproquement consenties. Le roi de Naples entrait dans ces idées avec une grande facilité ; sans les soins et l'influence de M. de Blacas, il aurait probablement quitté dès le premier moment le rôle de conciliateur pour prendre celui d'un souverain indigné et protestant contre toutes les violences qu'on lui avait faites. La Russie de son côté se montrait de plus en plus favorable à l'expédition sur Naples, à l'occupation ; mais elle admettait plus volontiers que l'Autriche adoptât des mesures préliminaires, donnant au roi les apparences du rôle de médiateur. Elle insistait sur la loi fondamentale que le roi de Naples devait proclamer et dont il fallut bien en effet, par complaisance pour lui, paraître s'occuper un peu lorsque la grande question de l'invasion fut résolue. A tout cela, les plénipotentiaires français, fidèles à leurs instructions, opposaient le tableau des périls qu'on pouvait rencontrer en s' engageant dans une expédition, ayant à comprimer un mouvement national auquel le temps de s'organiser n'avait pas manqué et qui pouvait offrir plus de résistance qu'on ne voulait l'admettre. Ils ne cessaient donc pas de demander qu'avant de tenter l'entreprise^ on épuisât tous les moyens de médiation et de conciliation; ils faisaient entendre combien il serait impossible au gouvernement français de s'associer à des mesures qui prendraient bien vite le caractère de la guerre civile la plus odieuse, puisqu'elle pourrait aller jusqu'à armer le fils contre le père. Ils avaient beau dire, toutes leurs parole^ demeuraient sans effet. En vain M. de

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