M. DE SAINT-MARSAN A LAYBAGH
occupait successivement deux ministères, le fils, colonel d'un régiment, aide de camp du roi, semblait n'avoir rien à désirer. Un second fils n'était guère moins bien traité que l'ainé. Il est probable qu'en acceptant de représenter son pays à Laybach, il avait craint de rencontrer dans le congrès quelques préventions contre l'ancien ambassadeur de Napoléon. M. de Metternich pouvait se servir de ce passé pour faire naître des doutes sur la loyauté de sa conduite. Il pouvait surtout en tirer parti pour l'accuser de connivence avec la France. On peut donc croire que M. de Saint-Marsan avait voulu parer à ce danger en adoptant une attitude qui le mît au-dessus de tout soupçon. Persuadé que rien n'empêcherait l'Autriche de marcher sur Naples, il s'était dit apparemment qu'il y fallait donner les mains de bonne grâce, mais une fois le rôle accepté, il s'y abandonna au delà de toutes les règles de la prudence.
Devant une situation si brusquement modifiée, les plénipotentiaires français demandaient de nouvelles instructions. Us insistaient pour en avoir de plus larges encore, car de se tenir, en cas d'expédition militaire, dans un refus complet de concours, comme on leur avait prescrit de le faire, cela leur semblait une raideur exagérée, ils craignaient toujours qu'il n'en résultât la perte absolue de l'influence française. Cette manière de voir de leur part était une conséquence naturelle de leur situation, elle sortait presque nécessairement de l'atmosphère dans laquelle ils vivaient (1).
Après en avoir longuement conféré avec mes collègues du ministère et pris les ordres du Roi, j'envoyai à nos représentants, le 9 du mois, les instructions qu'ils réclamaient. Ils devaient dans certains cas donner leur consen-
(1) Pour donner une idée de ce qui pouvait sortir de cette situation et de cette atmosphère, il faut lire dans la correspondance de M. de Blacas tout un projet sur la meilleure manière de faire marcher les troupes autrichiennes sur Naples.
tement à l'expédition militaire , autoriser l'adjoûction d'un commissaire français à ceux qui seraient chargés par les autres puissances du soin de régulariser les opérations ; le consentement serait donné sous la réserve la plus expresse qu'avant d'entamer cette expédition, on aurait avec sincé- Eité et bonne foi épuisé tous les moyens de conciliation, a Si on objecte à notre demande de tenter avant tout la « voie des négociations, que traiter avec des révolution- « naires c'est reconnaître la révolte, nous répondrons qu'il a ne fallait pas alors faire venir le roi de Naples àLaybach, « car on ne peut supporter la pensée de mettre presque « forcément en opposition ouverte avec lui son propre fils, « l'héritier de sa couronne, celui aux mains duquel il a « confié en partant les rênes du gouvernement; ce fils qui « demain peut-être sera souverain légitime et à qui alors « on ne pourra contester ni le droit d'accorder à ses « peuples les institutions qu'il jugera convenables, ni celui « de les défendre. »
Dès le 18 janvier, le roi de Naples avait écrit à son fils une lettre dans laquelle il se louait beaucoup des intentions des deux empereurs et de leurs procédés à son égard, mais sans entrer dans aucun détail sur leurs dispositions relativement à l'existence du nouveau gouvernement napolitain. C'était M. de Blacas qui avait obtenu de lui de demeurer dans cette réserve dont il était très pressé de sortir. Il se trouva beaucoup plus à son aise le 28, quand tout fut décidé. Les conférences s'étaient rapidement succédé dans les congrès, on s'était décidé à ne pas reconnaître le gouvernement siégeant à Naples, on voulait rétablir l'autorité royale telle qu'elle existait avant le 7 juillet 1820. Plus tard on aviserait aux mesures à prendre pour donner aux Napolitains le bonheur et la stabilité dont ils avaient besoin. Pour qu'il n'y eût aucun doute sur le succès, on devait employer à la fois la force et la conciliation. Le roi de Naples écrirait à son fils pour lui faire con-