‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier PasquierChapitre 56 sur 275 · LES RÉSOLUTIONS DU CONGRÈS · texte numérisé non relu

LES RÉSOLUTIONS DU CONGRÈS

naître la résolution irrévocable du souverain, lui montrer l'impossibilité de résister et l'engager par conséquent à user de tout son crédit pour amener ses sujets à une prompte soumission. A l'appui de cette lettre, les ministres de Russie, d'Autriche et de Prusse devaient adresser à leurs agents, résidant à Naples, une dépèche conçue dans le même sens. La révolte serait caractérisée par eux comme elle méritait de l'être, la volonté inébranlable des souverains formellement annoncée, et les sujets avertis d'avoir à se remettre sur-le-champ entre les mains de leur roi, qui « seul environné de lumière et soutenu par le zèle a des hommes les plus probes et les plus sages entre ses « sujets, pouvait, en étouffant le souvenir d'une époque « désastreuse, établir pour l'avenir dans ses Ëtats un ordre « de choses portant en lui-même les garanties de sa stabi- « lité ». (C'étaient les mêmes paroles que le roi de Naples devait employer dans sa lettre à son fils.) Les Napolitains seraient en même temps prévenus que le jour même où ces dépêches partiraient de Laybach, l'ordre devait être publiquement expédié aux troupes autrichiennes de passer le Pô et de se porter à marches forcées sur la frontière. La marche des troupes autrichiennes était logique, puisque, dans toutes les hypothèses, l'occupation militaire du royaume de Naples était une chose arrêtée et puisque la soumission même des Napolitains ne pouvait pas la leur épargner. On avait eu soin de déclarer qu'on n'entendait en aucune manière changer l'état d'aucune possession en Italie, qu'on avait au contraire pour but principal de les garantir toutes des dangers dont elles étaient menacées. En résultat, le triomphe de M. de Metternich était complet : point de négociation, car on ne pouvait donner ce nom à l'ordre de se soumettre, une expédition militaire et une occupation même quand il n'y aurait pas de résistance.

A la vérité, cette dernière hypothèse était assez difficile à admettre; on a eu depuis la preuve que M. de Metternich

n'avait épargné aucun soin pour qu'elle ne se réalisât pas, témoin ce passage d'une lettre qu'il reçut plus tard de M. le baron Friment, général des troupes autrichiennes, et qu'il eut l'imprudence de montrer à M. de Blacas : « J'espère « que la première rencontre avec les Napolitains sera assez « sérieuse pour remplir les vues de Son Excellence. »

Il était un point cependant sur lequel M. de Blacas, dans le commencement, avait eu le dessus et où sa fermeté en avait imposé au cabinet autrichien ; M. de Metternich aurait voulu renouveler ce qui s'était passé à Troppau pour le protocole préliminaire, c'est-à-dire tout préparer, tout arrêter dans de petits conciliabules russes, autrichiens et prussiens, de manière à n'avoir plus ensuite que des consentements à demander aux plénipotentiaires des autres États ; mais M. de Blacas avait si hautement annoncé que si un pareil procédé se renouvelait, lui et ses collègues se retireraient à l'instant, qu'il avait fallu se résoudre à suivre une autre marche. Les conférences s'étaient donc tenues en commun, mais n'en avaient pas été moins illusoires, grâce à l'union intime de la Russie, de la Prusse et de l'Autriche, grâce aussi au système adopté par les plénipotentiaires anglais de s'abstenir de voter. Ceux de France se trouvaient dès lors toujours seuls de leur côté. En ce sens, le système d'abstention adopté par les Anglais était encore fort commode pour M. de Metternich. S'ils avaient dû parler, ils auraient été le plus souvent forcés de le contredire.

Le roi de Naples, de son côté, ne demandait qu'à se jeter dans les bras des deux empereurs; et si M. de Blacas parvenait à ralentir un peu ses démonstrations enthousiastes, il ne pouvait les arrêter tout à fait. Malgré tous ces avantages, telles étaient cependant les précautions que prenait encore M. de Metternich, afin d'être plus sûr que ce mallieureux souverain ne lui échapperait pas, que pendant trois semaines il l'empêcha de communiquer avec le

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