‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier PasquierChapitre 60 sur 275 · M. DE FONTENAY A NAPLES · texte numérisé non relu

M. DE FONTENAY A NAPLES

A Naples, après s'être occupé des questions de finances, le parlement avait clos la session le 31 janvier, parce que la constitution fixait la clôture à cette date. Une commission avait été nommée et installée pour vaquer avec le régent aux soins de l'administration du royaume. Le prince, dans le discours qu'il avait prononcé pour la clôture, avait eu soin d'engager les députés à ne pas s'éloigner de Naples. Il prévoyait qu'il serait bientôt obligé de les réunir; en effet, ayant reçu le 8 février les lettres du roi et le 9 les communications des envoyés de la Prusse, de l'Autriche et de la Russie, il les convoqua en session extraordinaire le 13 au matin.

M. de Fontenay, en recevant les instructions de M. de Blacas, avait agi avec une prudence et une mesure parfaites. Ayant comme les autres ministres demandé le 9 une audience particulière au prince régent, il lui avait déclaré verbalement que les ministres plénipotentiaires du Roi son maître, à Laybach, lui avaient fait savoir qu'ils avaient adhéré aux instructions envoyées aux ministres des trois cours, dans l'espérance d'éloigner les périls qui menaçaient la nation napolitaine. Il avait ajouté qu'il lui était prescrit de s'associer à tout ce qui devait se faire pour épargner aux Napolitains les maux qu'entraîneraient la guerre et une résistance inutile. La conduite de M. de Fontenay avait l'avantage, tout en manifestant la bonne intelligence de la France avec les trois puissances, de la placer dans une position distincte et séparée. Dans le courant de février et les premiers jours de mars, le parlement napolitain et le prince régent s'attachèrent à montrer l'iniquité des procédés employés à leur égard et à préparer la plus vigoureuse résistance. Le prince régent, on devait s'y attendre, n'avait pas manqué de faire observer à son père que sa lettre du 28 janvier ne pouvait être émanée de sa libre volonté. Il ajoutait que dans tous les cas sa résolution était bien arrêtée de partager les dangers et les desti-

nées de la nation, d'exposer sa vie, et ce qui lui était bien plus cher, celle de sa famille, pour défendre ses droits et son indépendance.

Dans le manifeste qui fut publié le 17 février, on disait, non sans raison, que l'indépendance de tous les Ëtats, surtout des plus faibles, était menacée par l'attaque dirigée contre le royaume des Deux-Siciles. A la violence des résolutions de Laybach on opposait la modération du gouvernement napolitain, qui n'avait provoqué personne. On y faisait ressortir la loyauté avec laquelle la nation s'était fiée à la parole de son roi et avait consenti à son départ du moment où les souverains alliés l'avaient désiré. « Si « malheureusement on ne peut éviter la guerre, disait-on « en terminant, le prince régent et son auguste frère se « porteront à la tète de l'armée, et confondant leur sort « avec celui de la nation, combattant avec elle jusqu'à l'ex- « trémité pour repousser l'invasion étrangère, ils invoque- « ront le suprême arbitre des empires, qui protège l'innoa cence et la raison et tôt ou tard punit les abus de la force, « de rinjustice et de l'oppression. » Peu de jours après la publication de cette pièce, les ministres des trois cours d'Autriche, de Prusse et de Russie quittèrent Naples. Ceux de France et d'Angleterre n'avaient pas les mêmes raisons pour s'éloigner de leur poste et y demeurèrent.

L'armée alla prendre ses positions sur les frontières du territoire romain. Laissons les armées suivre leur marche pour raconter les incidents assez curieux qui ont suivi le congrès de Laybach et la résolution qui avait décidé le conflit.

On avait laissé sans la résoudre la question de la loi fondamentale dont le roi de Naples devait faire la base de sa nouvelle administration et dont l'empereur Alexandre avait désiré qu'on s'occupât dès les premières conférences. M. de Metternich avait fini par vouloir qu'il y eût à cet égard quelque chose de convenu. Il redoutait les concessions trop

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