‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier PasquierChapitre 61 sur 275 · DÉCLARATION DU ROI DE NAPLES · texte numérisé non relu

DÉCLARATION DU ROI DE NAPLES

libérales qu'on pourrait arracher plus tard au faible monarque qu'on allait remettre sur le trône. C'était aussi l'avis très prononcé de M. de Bernstorff, du comte Nesselrode et de M. de Pozzo di Borgo. Il était reconnu que l'initiative dans cette question appartenait au roi de Naples; ce fut donc lui et le prince Ruffo qui furent les rédacteurs apparents d'un travail qui en réalité fut l'œuvre de M. de Metternich. Il fut lu au congrès le 20 février avec une seconde pièce intitulée : Déclaration du roi de Naples sur la loi fondamentale à donner à son peuple. Ces deux documents méritent certainement d'être remarqués, bien qu'une fois rétabli sur le trône le roi de Naples ne se soit pas cru obligé de tenir cet engagement si peu gênant pour lui et qu'il n'ait rien accordé de ce qu'il promettait alors à la face d'un congrès dont les décisions allaient lui rendre sa toute-puissance. Dans le débat qui suivit, rien de saillant, si ce n'est l'attitude des plénipotentiaires français.

Les intentions de M. de Metternich n'étaient pas douteuses. M. de La Ferronnays voulut au moins les lui faire avouer publiquement. Il lui demanda donc un jour, en pleine conférence, si la déclaration était un engagement tellement pris par le roi de Naples qu'une fois rentré dans ses États il ne serait plus libre d'y rien changer. M. de Metternich, étourdi de la question, n'ayant pas eu le temps de préparer une réplique, fut obligé de répondre oui. Cette interpellation ne laissa pas que de causer beaucoup de rumeur dans le congrès; le soir même M. de Bernstorflf en fit de grands reproches à M. de La Ferronnays.

M. de Blacas avait déclaré que le roi de Naples devait être laissé juge de ce qui conviendrait le mieux à ses peuples, ajoutant que quant à lui il ne prétendait jouer dans la discussion sur cette déclaration d'autre rôle que celui de témoin pour rendre compte à son gouvernement. Sur quoi M. de Metternich lui ayant dit : « Et si le roi de Naples adoptait votre constitution? » « Nous le soutiendrions », répliqua-t-il.

Pour ne rieo laisser au hasard, ou s'occupa des instructions à donner aux ambassadeurs qui devaient accompagner le roi de Naples lorsqu'il s'acheminerait vers ses États : c'étaient pour laFrance M. de Blacas, pour l'Autriche M. de Vincent, pour la Russie M. de Pozzo di Borgo, pour l'Angleterre sir Robert Gordon.

Les plénipotentiaires français et anglais soutinrent qu'il ne pouvait exister d'instructions qui fussent communes à tous, que chaque ambassadeur n'en devait recevoir que de sa cour. Comme il était cependant convenu que ces ambassadeurs à la suite du roi tiendraient entre eux des conférences toutes les fois qu'il en serait besoin, M. de Blacas eut soin de déclarer qu'il n'y paraîtrait pas toutes les fois qu'il s'agirait de mesures de guerre. Ses nouvelles instructions étaient positives à cet égard. Cette déclaration amena une scène assez vive entre lui et M. de Pozzo. Celui-ci s'étant laissé aller à dire qu'il était inutile que les ministres des cours qui ne se joignaient aux délibérations que pour les entraver continuassent d'y assister, M. de Blacas soutint fortement son droit d'assister toutes les fois qu'il le jugerait à propos : il fut en cela appuyé par sir Robert Gordon, qui déclara aussi que sa présence à ces conférences était un droit dont il ne pouvait se départir et dont il userait, non pour concourir, mais pour voir s'il ne se faisait ou ne se préparait rien de contraire aux intérêts de la Grande-Bretagne.

Telle était à ce moment l'exaltation des esprits parmi les ministres assistant au congrès, que M. de Bernstorflf, dont on connaissait la modération, exprima à M. de Capo d'Istria son étonnement de ce que l'empereur de Russie n'engageait pas formellement le roi de Naples à faire en rentrant dans ses États quelques exemples de sévérité. M. de Capo d'Istria lui répondit que si Sa Majesté Impériale avait un conseil à donner au roi de Naples, ce serait au contraire celui de la plus grande indulgence. Il fut

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