‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier PasquierChapitre 62 sur 275 · NOUVELLES INSTRUCTIONS A M. DE BLACA · texte numérisé non relu

NOUVELLES INSTRUCTIONS A M. DE BLACA

ensuite question de la nécessité où serait le roi d'ouvrir un emprunt pour satisfaire à toutes les charges qui allaient peser sur lui; on proposa à la France de cautionner cet emprunt, qui devait être pour le premier moment de trente millions offerts par la maison Rothschild.

Les plénipotentiaires français écartèrent avec fermeté cette proposition, qui dans la réalité n'avait d'autre but que de garantir à l'Autriche le payement des frais de son expédition. Us avaient aussi très nettement déclaré que l'adhésion de la France aux desseins du congrès n'empêchait pas qu'elle fût résolue à rester en paix avec le royaume de Naples ; c'était acte de prudence ; mais il fallait être conséquent à cet acte. Ainsi, il était désormais impossible qu'aucun Français pût remplir auprès de l'armée d'expédition des fonctions de commissaire. M. de Blacas devait accompagner le roi de Naples en quedité d'ambassadeur auprès de sa personne et nullement comme chargé de prendre part à la direction des forces militaires ; il devait toujours s'efforcer d'adoucir l'amertume des sentiments qui pouvaient diviser le père et le fils et ne rien négliger pour les rapprocher l'un de l'autre. Il devait faire comprendre au roi qu'il importait à son honneur comme à sa tranquillité future de s'entourer de ses sujets les plus fidèles, les plus éclairés, pour aviser au moyen de donner à ses peuples un gouvernement modéré. Enfin M. de Blacas devait, si la résistance des Napolitains rendait la guerre inévitable, ne rien négliger pour en abréger la durée et en adoucir les maux. En toute occasion, il devait surtout s'opposer aux vengeances. « Il ne faut pas nous dissimuler, ce lui écrivais-je, que nous avons pris maintenant une part « de responsabilité dans les événements qui sont la consé- « quence de l'expédition commencée. Si petite que soit cette <( part, quelque généreuses qu'aient pu être nos intentions, « elles seraient facilement dénaturées si à l'entrée des « Autrichiens dans Naples, ou à la rentrée du roi dans ses

« États, on voyait se renouveler quelque chose de sem- « blable à ce qui s'est passé en 1799. Vous n'ignorez pas « combien les vengeances furent cruelles, multipliées « alors. Il est assez connu que ce moyen de contenir les « peuples n'est pas très efficace, ce qui s'est passé depuis « à Naples ne le démontre que trop. Vous n'hésiterez donc « pas, si cela est nécessaire, à employer toute votre « influence pour écarter de semblables malheurs et com- « battre toutes les résolutions qui pourraient y conduire. « Après la manière dont le roi a quitté ses États, après les « paroles qu'il a prononcées en en sortant, ce serait « imprimer à son nom une tache ineffaçable que d'en faire « l'instrument ou l'occasion de cruautés qui ne lui seraient « jamais pardonnées. »

En France, la nouvelle de la marche des troupes autrichiennes avait causé la plus vive émotion dans le parti libérai. En Angleterre, dès la rédaction de l'adresse, les affaires d'Italie avaient été, après celle de la reine, le sujet des plus vives déclamations. Dans l'une et l'autre Chambre, on s'était élevé contre l'invitation au roi de Naples de se rendre à Laybach. Cette invitation était qualifiée de som" maHon, Le maintien de la paix générale exigeait le respect de l'indépendance des États secondaires; l'Angleterre n'avait-elle donc aucune influence dans les conseils des puissances alliées pour faire prévaloir ce juste point de vue? Trois semaines après, lorsque les résolutions de Laybach furent connues à Londres, un des plus habiles membres de l'opposition, M. Mackintosh, demanda dans la Chambre la communication de toutes les pièces relatives aux affaires de Naples. En développant cette motion, il s'éleva contre la conduite et les principes des trois monarques qui prétendaient se faire les dictateurs de l'Europe. « Si leurs doctrines devaient être admises, avait-il dit, il a n'y aurait plus d'indépendance pour aucun État. »

Tout en convenant que lord Castlereagh avait combattu

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