DÉBAT AU PARLEMENT ANGLAIS
ces doctrines dans sa circulaire, il demanda si, derrière cette opposition apparente, il n'y avait pas l'avertissement que le ministère n'ayant qu'une faible influence dans le Parlement, était obligé de se donner des allures libérales, mais qu'au fond il voyait avec plaisir attaquer le royaume de Naples. C'était se rapprocher beaucoup de la vérité. Lord Gastlereagh avait justifié le passage de sa circulaire par lequel il n'avait pas cru devoir dénier à l'Autriche le droit de se conduire à l'égard de la révolution napolitaine ainsi qu'elle le jugerait nécessaire pour sa sûreté personnelle; il avait sérieusement jugé la révolution napolitaine, la conduite des carbonari et le trouble porté dans un pays heureux, sous un gouvernement parfaitement doux. Cette réplique n'avait pas empêché la motion d'être fortement soutenue par les orateurs les plus distingués, même par M. de Wilberforce, dont l'autorité était grande dans la Chambre. La motion fut rejetée, mais elle avait réuni un grand nombre de voix. Le débat fut plus vif encore à la Chambre des pairs. Lord Landsdowne, homme modéré et fort estimé de l'opposition, présenta la motion suivante : « Il devient d'autant plus urgent d'exprimer notre désap- « probation des mesures prises par les souverains alliés ff contre Naples, qu'une déclaration récemment publiée à « Vienne semble prouver que la circulaire du ministère « anglais n'a pas été comprise, que les alliés semblent « toujours présenter leurs principes comme approuvés « par le gouvernement britannique. » Ce qu'il y eut de plus remarquable dans son discours, ce fut la manière dont il peignait les suites probables de l'expédition autrichienne sur Naples : Si l'attaque ne réussissait pas, les Napolitains acquerraient alors une force immense et pourraient exercer le droit du talion; s'ils succombaient, par quels moyens l'Autriche pourrait-elle maintenir son autorité à Naples? Si ses armées devaient y rester, l'Europe pourrait-elle souffrir cet accroissement excessif d'une puissance? C'était
donc le cas de faire une adresse au roi et d'exprimer le ferme espoir que Sa Majesté allait employer toute son influence auprès des puissances alliées pour prévenir ou réparer des conséquences dont la nature et la gravité pouvaient troubler la tranquiUité générale de l'Europe.
Lord Ellenborough parla dans le môme sens, mais ce qui surpassa en véhémence tout ce qu'on avait dit jusque* là fut le discours de lord Holland. Sa passion, son indignation contre la Sainte-Alliance et contre le système qu'elle voulait faire prévaloir, l'avait emporté au delà de toutes les bornes, et lui, homme de mœurs douces, s'était permis sur l'empereur Alexandre les paroles les plus blessantes. Lord Liverpool répondit avec beaucoup de mesure; il avait insisté sur la différence qui existait entre la révolution d'Espagne, causée par les fautes du gouvernement, et la révolution de Naples, qui paraissait n'être l'ouvrage que d'une faction. La motion du marquis de Landsdow^ne fut rejetée, cela ne pouvait manquer d'arriver, mais elle n'en produisit pas moins un grand effet dans l'opinion publique et trouva un écho à Paris.
Le général Sébastiani crut pouvoir imiter dans la Chambre des députés de France la démarche de M. Macintosh; comme à Londres, le débat porta surtout sur la déclaration publiée à Vienne par M. de Mettemich. Ce qu'il avait voulu en donnant connaissance au public de sa circulaire, c'était le tromper sur le degré d'union et d'accord qui avait régné dans le congrès entre les puissances qui avaient pris les résolutions et celles qui s'étaient tenues à l'écart. Il voulait faire croire que leur réserve avait été une simple question de forme, mais qu'elles approuvaient au fond les principes qui avaient dirigé les trois cours souveraines.
« Sa Majesté l'empereur d'Autriche, disait M. de Metter- « nich, s'était rendu à Troppau afin de délibérer avec ses « augustes alliés sur une question de la plus haute impor-