M. PASQUIER INTERPELLÉ A LA CHAMBRE
(f mettent tant d'ardeur à nous interroger? Non sans a doute, elles n'obtiendront point cet avantage, je le sais, « je m'y attends, la raison en est simple : c'est qu'il est des « désirs et des vœux qu'aucun gouvernement ne peut « satisfaire. Allons en effet au fond des choses, demandons- « nous si ce sont bien des assurances, des certitudes de « paix qu'on désire de nous. Ce qu'on demande, ce qu'on « voudrait arracher, c'est une approbation de la révoluce tion napolitaine, on irait même volontiers jusqu'à nous a demander de faire la guerre pour la défendre I »
Il me fut facile de montrer que la révolution de Naples n'avait pas été appelée par les véritables besoins du peuple napolitain, qui était bien et paternellement gouverné, de faire ressortir l'inconséquence de la conduite des prétendus libéraux envers la Sicile. Jamais il n'y avait eu emploi de despotisme plus violent, plus inique que celui dont ils avaient usé. « On ne nous fera pas approuver les « insurrections militaires, les violences de ces sociétés « secrètes qui, sous prétexte de réformes libérales, font « régner la terreur et favorisent le crime î »
La proposition de M. de Sébastiani fut rejetée à une très grande majorité; cette fois au moins la victoire fut complète pour le gouvernement.
La grande difficulté pour nous dans ce débat avait été de ne rien dire qui pût avoir un contre-coup du côté des Pyrénées et amener une rupture avec le gouvernement espagnol. La première session des Cortès avait pris fin dans les derniers mois de 1820; beaucoup de ses discussions avaient soulevé d'assez vifs mécontentements et quelques résistances dans certaines provinces. Elles avaient toutes été plus ou moins encouragées par le roi. Le conflit avait été public et prolongé à propos de son refus de sanction pour le décret sur la vente des biens ecclésiastiques. Les prêtres et les moines avaient soufflé le feu de la révolte, en attendant qu'ils pussent se mettre
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ouvertement à sa tête. Les commencements de Tannée 1821 n'avaient point apporté de changements à cette situation. L'agitation allait croissant, le royaume était parcouru par des bandes armées, la capitale même était souvent le théâtre de scènes scandaleuses; la guerre était décidément allumée entre le ministère et un club dans lequel les révolutionnaires les plus exaltés demandaient le renversement de la monarchie. Ainsi le pouvoir légal, créé et institué par la révolution, était obligé de lutter contre les prétendus amis de cette révolution, dont les excès n'étaient pas moins menaçants pour elle que le fanatisme de ses ennemis les plus déclarés. Le ministère s'efforçait en vain de les apaiser par des concessions; il nommait Riego capitaine général de l'Aragon et Mina dans la Galice. A l'extérieur, partout où il y avait une entreprise révolutionnaire à encourager, à soutenir, les légations espagnoles s'employaient avec l'ardeur et le zèle les plus persévérants. Nous avons vu comment M. de Bardaji s'était conduit à Turin, mais c'était surtout à Paris que les efforts et les intrigues des agents espagnols s'étaient développés. Les emprunts contractés par les Cortès et négociés avec des banquiers français, avaient fourni à ces agents (1) l'occasion la plus simple en apparence pour se lier avec M. Laffitte et les membres du parti libéral. Ils étaient soutenus par le chef de la légation. C'était un grand d'Espagne, le marquis de Santa-Cruz, homme de peu d'esprit, d'un caractère doux et timide, mais
(1) Dans le nombre de ces agents se trouvaient un comte de Toreno, membre des Cortès, assez marquant dans cette assemblée par son esprit et son talent et ayant dans les premiers moments exercé une grande influence. Sa naissance, son caractère, ses opinions même qui n'étaient pas violentes, auraient dû le mettre au-dessus du rôle qu'il consentit à jouer en France, mais il y était attiré par un besoin de plaisir auquel il ne savait pas résister. Ses dépenses lui causaient aussi de grands embarras d'argent, et pour y satisfaire il se mêlait aux opérations de bourse sur les emprunts. Aussitôt les sessions des Cortès terminées, il s'échappait de Madrid, accourait à Paris où il fallait bien couvrir les véritables motifs de son séjour par Tapparence de services rendus à la cause constitutionnelle.