‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier PasquierChapitre 7 sur 275 · LES DIPLOMATES FRANÇAIS A TROPPAU · texte numérisé non relu

LES DIPLOMATES FRANÇAIS A TROPPAU

raie dans Torganisation intérieure de tous les gouvernements de la péninsule italienne. L'Autriche était, on ne pouvait le nier, plus que toute autre nation, intéressée dans la question napolitaine; ses intérêts se trouvaient compromis, il était naturel qu'elle se décidât à entrer surle-champ en lutte avec la révolution menaçante, mais entrevoyait-eUe bien toutes les conséquences de son entreprise? C'est ce qu^on voulait éclaircir par les questions qui lui étaient adressées préalablement à toute action; ces questions, soumises à l'empereur Alexandre, pourraient amener une entente plus intime avec lui. Ajoutez que cette médiation si pacifique, loin d'être contraire à l'union des cinq puissances, serait peut-être la seule manière d'empêcher qu'elle ne se rompît. C'est ce qu'il importait pardessus tout de démontrer à l'empereur, car il ne devait rien avoir plus à cœur que le maintien de cette paix européenne dont l'établissement lui avait coûté de si nobles efforts. Quant à la France, elle n'aurait jamais une plus belle occasion de répondre à ses détracteurs et de montrer avec quelle sincérité elle était entrée dans le système de pacification générale, établi et fondé par la conférence d'Aix-la-Chapelle .

Le système auquel s'était arrêté le ministère français avait-il chance de réussir? Nous le pensons encore, malgré les déceptions qui ont suivi. A quoi doit-on attribuer ce mécompte? Peut-être à la marche de nos agents. Nous avions cependant un plénipotentiaire sage, fidèle et éclairé, dans M. de La Ferronnays, mais il a été paralysé par des circonstances impossibles à prévoir, et aussi par de lourdes maladresses qu'il n'avait aucun moyen d'empêcher. L'empereur Alexandre, nous l'avons dit, avait exprimé le désir que M. de Richelieu se rendît à Troppau; la situation de la France ne lui permettait pas de s'éloigner au moment où les Chambres devaient se réunir. Seul, il pouvait triompher des difficultés qu'il fallait prévoir, surtout du côté de

la cour. Il n'y a aucun doute que si le duc de Richelieu avait pu assister aux conférences de Troppau, on ne serait jamais parvenu à faire prendre le change au czar sur les sentiments et la véritable politique du gouvernement français. Quelque précises et détaillées que fussent les instructions envoyées à MM. de La Ferronnays et de Caraman, elles ne pouvaient remplacer les communications quotidiennes et le confiant abandon, qui avaient rendu faciles les explications entre l'empereur Alexandre et le duc de Richelieu à Aix-la-Chapelle. Nos représentants étaient autorisés à assister aux conférences, à prendre part aux délibérations et à accéder à toutes les déterminations qui seraient conformes aux bases posées dans le mémoire français, mais dans le cas seulement où ces déterminations seraient adoptées par les quatre autres puissances. Si les deux plénipotentiaires français se trouvaient sur quelque point en désaccord entre eux, ils devaient sur-le-champ en référer au ministre des affaires étrangères. Cette prescription blessa l' amour-propre de M. de Caraman, qui prétendit que la voix prépondérante lui appartenait, comme au plus ancien. On savait que les pouvoirs envoyés par l'Angleterre à son ambassadeur lord Stewart portaient seulement autorisation d'assister aux conférences, mais avec injonction de tout prendre ad référendum. Cette réserve était sans aucun doute concertée avec l'Autriche, à qui elle assurait un moyen de suspendre et d'arrêter indéfiniment l'effet de toute délibération. Comme il fut dès lors certain qu'on n'en prendrait aucune dans les premiers jours, les instructions particulières données aux plénipotentiaires français, prévoyant cette lenteur calculée, leui' enjoignaient de saisir sans affectation la première occasion pour mettre en avant les questions précédemment indiquées comme devant être faites à l'Autriche. Ils devaient, en évitant toute apparence d'aigreur ou de mésintelligence, s'efforcer d'en faire ressortir toute la gravité et de montrer

Page 1