RÉSULTATS DE LA RÉVOLUTION DE SAVOIE
avait dû amasser de calamités sur un pays naguère si tranquille et si prospère ! Que de fortunes privées détruites, combien de lourdes charges imposées à la fortune publique t Que de haines engendrées! Que de divisions dans TËtat, dans la cour et dans les familles I
M. de Saint-Marsan fut obligé de supporter stoïquement la proscription de son fils, à peine osa-tril intervenir par des voies détournées pour qu'un asile lui fût accordé en France. Le prince de Carignan lui-même, héritier présomptif du trône, se trouva placé dans un état de suspicion pénible aux yeux du roi régnant, de ses conseils, d'une grande partie des sujets sur lesquels il devra régner un jour, enfin aux yeux de l'Europe presque entière. Les portes de son futur royaume lui sont provisoirement fermées, sans qu'on ose dire quand elles lui seront ouvertes. Un homme cependant est sorti de cette crise à peu près comme il y était entré : c'est M. d'Auzers. Sa prudence et son habileté doivent être louées grandement, par l'inébranlable fidélité qui l'attacha, dans la mauvaise fortune, au prince auquel il s'était donné dans les jours heureux. Sentant bien que ce n'était guère qu'en France qu'il pouvait encore lui trouver un appui, il vint l'été suivant à Paris; ce voyage n'a pas été infructueux. En éclairant plus parfaitement le cabinet de France sur la conduite et les véritables sentiments de ce prince, il a beaucoup contribué à obtenir que le grand-duc, son beau-père, fût soutenu et qu'on ne prît pas contre lui des mesures qui auraient achevé de lui ôter toute considération et rendu son avenir plus incertain encore.
Dans le royaume de Naples, la marche des troupes autrichiennes ne rencontra aucun obstacle. A mesure qu'elles avançaient, tout fuyait devant elles, tous les grands projets de défense patriotique s'évanouissaient en fumée. Le prince régent, parti de Naples pour se mettre à la tète de l'armée, avait appris, en arrivant à Capoue,
qu'elle n'existait déjà plus; il n'avait eu d'autre parti à prendre que celui de rentrer sur-le-champ dans sa capitale. Le roi de Naples était arrivé h Florence avant le 10 mars; ce fut là qu'il reçut le général Fardella, qui venait lui donner connaissance de tout ce qui s'était passé à Naples depuis qu'on avait reconnu l'impossibilité de résister. Les voix modérées qui jusqu'alors n'avaient pu se faire entendre dans le parlement y avaient promptement pris le dessus; dès le 12, deux adresses avaient été votées, une au roi, l'autre au prince régent, qu'on suppliait de s'interposer comme médiateur entre le roi et son peuple et de ne pas souffrir l'intervention étrangère.
Le roi répondit le 19 à son (ils, dans les termes les phis affectueux, mais il ne cacha pas sa ferme intention de n'entrer dans aucune composition et de maintenir ses déclarations de Laybach. Il n'était rien dit des modifications possibles à la constitution pas plus que de la suspension de la marche des Autrichiens. C'était cependant le point sur lequel le général Fardella avait le plus insisté. Cette réponse du roi fut portée avec une grande rapidité à Naples. Lorsqu'elle y fut connue, quelques chefs des carbonari, quelques militaires plus exaltés que les autres, à la tète desquels se trouvait le général Pepe, revinrent à leurs projets de défense. Ils auraient voulu transporter le théâtre de la guerre dans la terre de Bari et dans les Calabres; ils parlaient de transférer le gouvernement, la famille royale et le parlement en Sicile; tous ces grands projets étaient impossibles à réaliser. Dans ce pays où les imaginations sont si vives, si ardentes, le peuple échappait déjà aux révolutionnaires, et sa féroce mobilité était au moment de se retourner contre ceux mêmes qu'il avait applaudis huit jours auparavant avec le plus d'enthousiasme. On fut trop heureux de conclure au plus vite une capitulation avec le général commandant l'armée autrichienne. Il y eut même une échauffourée assez grave entre quelques